Castelreng du Cougain

Moments de vie d'un personnage médiéval fantaisiste

 
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 Oct 1462 : Le temps est venu de tailler le saule

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castelreng
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MessageSujet: Oct 1462 : Le temps est venu de tailler le saule   Dim 15 Mai - 9:44

--Heaven a écrit:


Les affaires et les besoins de ses gens l’avait ramené en Languedoc plus tôt qu’elle ne l’avait prévu. Elle était en direction du Comté de Corbières lorsqu’elle avait dû faire halte. Kalianna n’en pouvait plus. La petite mini-tornade était chigneuse, et elle toussotait depuis quelques jours. Elle l’avait fait examiner, une simple angine. C’est aux abords de la Capitale qu’Heaven décida de laisser sa fille se reposer. Elle pénétra dans une des auberges de Montpellier sans même jeter un œil à tout le fracas environnant. Elle semblait pleine à craquer. Tant qu’il y avait encore des chambres de libre, tout ce qui importait l’ébène.

La main dans celle de Kalianna, Sandra la nourrice et Nicolah leur garde sur les talons, elle s’arrêta au comptoir. Elle fit préparer trois chambres pour la nuit et paya d’avance. Kalianna toussa et la maman inquiète baissa les yeux vers ce petit bout haut comme trois pommes qui tirait sur sa jupe pour masquer son mal. Le cœur arraché, en miette par cette impuissance elle ne résista pas malgré l’avancement de sa grossesse pour la prendre dans ses bras. La petite enfouie son visage dans son cou, épuisée par le long voyage qu’elle lui avait obligé mais surtout par l’effort de tousser sans arrêt.

Elle tourna la tête vers la salle pour la première fois pendant que l’aubergiste donnait des directives pour faire préparer leurs chambres à tous les trois. Les onyx décrivaient les visages tous inconnus ou vaguement familiers pour les avoir croisé à un moment ou à un autre dans une des villes du Languedoc mais sans plus. Elle allait sans détourner, laissant chopines se taper durement pour un ‘’ à la vôtre ‘’ ou encore un ivrogne chantonné quand son regard se buta à un visage qui avait marqué son existence.

Elle avait beau être loin, Lui tout au fond de la salle son regard s’y était accroché comme si c’était un besoin existentiel. Elle avait l’impression, bien que fasse, qu’elle humait cette odeur mentholée qu’il avait toujours dégagée. Et cette fois, chaude et douce qui la berçait et qui la surnommait Princesse. Lui seul l’avait toujours appelé ainsi. Lui seul elle avait autorisé à le faire d’ailleurs.

Il est entouré de soldats. Pas étonnant, ces souvenirs vont en ce sens également de lorsqu’elle-même avait l’âge de Kalianna. Il les avait toujours côtoyés de loin, ou de près en faisant lui-même partie de la caserne. Il avait vieillit ? Oui, naturellement un peu puisqu’il y avait quoi… tout près de deux ans qu’elle ne l’avait pas vu. Il avait tenu sa petite fille dans ses bras alors que son propre fils n’était pas au monde. Kalianna aurait deux ans en Janvier. Il semblait heureux bien que, un peu fatigué. Il était malgré tout, toujours aussi beau. Et oui, bien qu’elle n’avouerai jamais à personne, le plus beau, le plus fort, c’était son papa. Elle avait toujours eu ce sentiment pour lui bien que depuis plus d’une année, elle avait renié cette partie de sa vie et celui qui l’investiguait également.

A cet instant précis, l’observant à son insu, elle regrettait. Elle réalisa qu’il lui manquait. Avec tout ce qui s’acharnait sur elle depuis un moment, elle aurait voulu courir dans ses bras, se réfugier dans ce cocon de protection qu’il lui avait si souvent offert. Elle avait soudainement envie de pleurer. Là, comme ça ! Alors qu’elle ne pleurait jamais… ou rarement. Là pourtant, elle se serait bien laisser transporter par ce besoin d’épier son mal par les larmes. Si seulement tout le passé n’était pas aussi lourd, si tous les non-dits entre eux, toute cette pression n’existait pas…

Sa fille se remit à toussoter et cette fois pleurer. Elle était exténuée. Elle détourna le regard de Castelreng du Cougain, de son père pour le fixer sur Kalianna et câliner ses cheveux.


Bientôt ma puce…. Chutt… calme-toi. Si tu tousses trop, ça fait mal. Quelques minutes et tu vas pouvoir te reposer…


Lui parle, lui-murmure à l’oreille. Elle a oublié presque la présence de son père qui elle croit, ne l’a même pas remarqué. Elle cajole sa fille, une des soubrettes de l’auberge venant les avertir que les chambres sont prêtes.

Castelreng a écrit:
      Une taverne à Montpellier, une journée ordinaire…. Qu’il pensait…



Depuis près d’une heure à présent il était là, attablé avec une partie de ses hommes à boire une bière et refaire le combat qu’ils avaient mené quelque nuit plus tôt. Les débats allaient bon train et par instant, dans la salle pleine à craquer, fusaient des rires et des exclamations. La bande « Ténébreuse » ne faisait pas cette fois dans la discrétion !

Une autre tournée fut demandée.

Il leva le bras pour attirer l’attention de l’aubergiste et tout naturellement regardait dans sa direction. L’homme était occupé auprès d’une femme de bonne condition à ce que son premier regard put en juger. Noble très certainement. A ses cotés sa petite suite et une jeune enfant. Il ne prêta pas plus attention que ça, son voisin de droite venant de le ramener à la tablée par une remarque des plus hilarante qui lui fit quitter les yeux le comptoir pour partir dans un bel éclat de rire. Rire sincère mais qui n’empêcha pas une pointe de malaise de s’inviter, s’insinuant en lui comme aussi silencieusement qu’un serpent s’enroulant à la branche d’un arbre. Surpris, il ne comprit bien entendu pas ce qu’il lui arrivait, son rire calmé, il sentait les battements de son cœur s’accélérer comme à l’annonce que le danger est imminent, que la catastrophe est toute proche et que rien, rien ne pourra être fait pour l’éviter.

Les voix de ses comparses lui arrivèrent alors lointaines. Pourtant il n’avait pas bougé, son corps s’était mis en alerte et il n’en comprenait pas la raison. Instinctivement, son regard alla de nouveau fureter du coté de l’entrée et du comptoir, se posant brusquement, tel un aimant sur le fer, sur la jeune femme portant cette fois l’enfant. Les pleurs de la petite l’avait attiré à les regarder se pensa t-il sans vouloir s’y attarder alors que tout en lui faisait que ses yeux restaient fixés sur la jeune femme.

Son esprit ne semblait pas vouloir analyser ce que ses yeux lui envoyaient, les voix de ses camarades et les bruits de la salle n’étaient plus que murmures, seul le bruit de son cœur battant à tout rompre lui parvenait. Ce ne pouvait être. Elle ne pouvait se trouver là ! La fatigue qu’il ne voulait admettre devait être à lui jouer des tours, il ne pouvait en être autrement ! Il se sentit vieillir d’un coup.

Elle ressemblait encore plus à sa mère que dans son souvenir. Comme elle, elle lui en avait fait voir de toute les couleurs. Comme elle, elle lui semblait définitivement inaccessible.
Plus de deux années qu’il ne l’avait vu. 800 jours à tenter d’admettre que jamais plus il ne la reverrait, qu’il avait perdu une partie de lui, qu’il lui faudrait bien en faire son deuil. Des semaines et des mois à faire semblant, à haïr à défaut d’oublier, à maudire par faute de pardonner.
Sa plus cuisante défaite se trouvait là à quelques pas, et à aucun moment il ne la vit tourner le regard vers lui.

Alors qu’une servante accorte était à montrer le chemin vers les chambres, le Ténébreux regardait le trésor qu’il conviait le plus au monde lui tourner définitivement le dos pour sous peu disparaitre encore. Une peine immense lui agrippa le cœur, lui serrant à l’en faire mal alors qu’une boule remontait lui laissant dans la bouche, brûlure et amertume. Ses sentiments se disputaient.

Elle est sa fille bienaimée et elle lui manquait atrocement.
Elle est celle qui s’est tournée vers un autre que lui pour trouver le réconfort paternel.
Elle est la Dame de Fraisse des Corbières.

A ce seul nom ses mains se mirent à trembler. Il les posa à plat sur la table, son corps s’y appuyant, respirant une grande bolée d’air, il se leva. Il avait cent ans, il avait mille ans. Sans savoir comment, il parvint à s’excuser auprès des ses amis et se dirigea d’un pas lui semblant lourd vers le comptoir et l’aubergiste.


Préparez moi un salon privé et conviez la Dame qui vient de monter à y prendre son repas… Ne lui donnez pas mon nom et ne lui faites pas savoir que je l’attends. Faites la venir, c’est tout.


L’aubergiste s’empressa donc de le conduire dans l’un des petits salons qu’il réservait à la noblesse pour sa tranquillité et le Cougain, une fois dans la pièce, ne s’attarda pas à la détaillée, se dirigea vers la fenêtre, tournant le dos à la porte. Il croisa ses mains dans le dos et se perdit un instant dans ses pensées, le regard ne voyant pas la vie se poursuivant dans la rue.

La lourde peine qu’il avait ressentie un peu plus tôt en découvrant sa fille dans la salle se transformait petit à petit en lourde colère. Il ne savait ce qu’il allait se passer. Il ne savait si elle allait venir. Il ne savait ce qu’il lui dirait.

Une seule chose subsistait.

Tailler les branches mortes afin que l’arbre puisse de nouveau embellir….


--Heaven a écrit:




Les préoccupations d’Heaven sont tournées vers sa fille et en oublie rapidement la distraction causé par la vision de son paternel. Elle suit l’escorte jusqu’à ses appartements. Nicolah s’assure qu’elles gagnent la porte pour s’engouffrer dans la sienne. Sandra insiste pour rester jusqu’au moment où Kalianna sombrera vu le propre état de sa maitresse qui a l’air malgré sa concentration un peu perdue en cet instant. Le vague dans son regard pourtant de néant est pire qu’habituellement. Elle n’insiste donc pas et accepte son aide.

Aidée de la femme que sa fille considère presque comme une seconde mère, Kalianna se retrouve rapidement sous une couette en chemise de nuit. La fièvre n’est plus, heureusement, de la partie. Cela dit, la fatigue qui harasse la pauvre enfant inquiète la maman. Elle câline les cheveux tout aussi sombre que les siens, un miroir vingt ans plus jeune sous les doigts, jusqu’à ce que la petite finisse par s’évanouir dans un sommeil réparateur. Elle se redresse et rejoint Sandra qui s’apprête à quitter lorsque la porte vibre de plusieurs coups. La seule chose qu’espère Heaven c’est que ce raffut ne réveille pas la princesse endormie sinon l’impudent ne reverra jamais sa mère ! La porte s’ouvre et un homme qu’elle ne connait pas s’adresse à elle.


- « Pardonnez-moi Donà, un homme vous convie à partager son repas dans le salon privé de l’établissement. »
- « Vraiment ? Certains ne manquent pas de charmes à ce que je constate. Le Languedoc a toujours été… chaleureux. »
- « Je dois vous y conduire. »
- « Nullement, cela ne m’intéresse pas. Remerciez ce Senhèr…»

En avait déduit qu’il s’agissait d’un homme important pour pouvoir s’offrir le luxe des salons privés de l’auberge. Pour le reste, elle n’était pas intéressée. Il ne serait surement pas le premier à prétendre à s’être fait claquer la porte au nez par la tempête. Cela dit, comme elle vient pour fermer la porte et retourner à ses occupations, le coursier insiste. Manque pas de culot celui-là !

- « Pardonnez-moi d’insister Donà mais… L’homme a dit qu’il me ferait renvoyer si je ne revenais pas avec vous. »
- « Vraiment ? »
- « Oui, il a spécifié et comme j’ai une famille j’aimerais garder mon emploi vous comprendrez»
- « Qui est cet homme ? »

La voilà curieuse. Il faut quand même être mesquin pour faire preuve de chantage comme cela. N’a pas conscience pour l’heure que l’homme devant elle ambitionne, n’était pas tout à fait ce que Castelreng a dit bien que cela pourrait très bien être la conséquence à son échec. Elle se sent un peu mal à l’aise de faire perdre son travail à un homme dans le besoin pour sa famille. La sienne n’est pas le centre de sa vie ?

- « Je ne saurais vous dire mais il est pas commode. »
- « Tout pour me donner envie de m’y rendre …. »
- « Pardon Donà, je suis trop franc. »
- « Ce n’est rien, je préfère l’honnêteté. Sandra ? »
- « Oui Madame ? »
- « Pourriez-vous veillez Kalianna pendant que je m’absente que quelques instants. Le temps seulement de dire à ce rustre d’aller s’faire voir… »
- Un léger pouffement de retenue pour ne pas rire lui parvient de son employé qui la connait bien depuis le temps qu’elle est à son service « Prenez votre temps Madame. »
- « Je reviens dans ce cas. »


Elle ferme la porte derrière elle, laissant Sandra au chevet de sa fille et suit l’homme qui la guide par les escaliers mais au lieu d’aller vers la grande salle prennent un couloir moins achalandé. Cela ne lui permet pas de voir si son père est toujours attablé. De toute manière, il n’est plus dans ses pensées avec les évènements qui se bousculent.

- « Merci d’avoir compris Donà »
- « Je vous en prie. J’aurais été bien mal à l’aise si vous aviez perdu votre emploi par mon manque de courtoisie. »
- « C’est pourquoi je vous remercie »


Elle se contenta d’incliner la tête simplement. Une fois arrivée à l’endroit des prédilections, il ouvrir la porte et la fit entrer dans la salle très spacieuse. Son regard s’habitua la lumière plus tamisée et au claquement de la porte derrière elle, elle sursauta. Heaven se senti irrésistiblement prise au piège. Le sentiment vrilla jusqu’à lui faire battre le cœur rapidement. Étrange sensation d’étouffement. Pourtant la chaleur de la pièce était clémente. Son regard est fou, cherchant jusqu’à trouver la silhouette devant la fenêtre qu’elle reconnait au premier coup d’œil. Voilà pourquoi l’oppressement soudain. Qu’une personne arrive à la mettre dans cet état et elle se trouvait là, devant elle. Elle qui pensait qu’il ne l’avait pas vu dans la salle s’était trompée. Elle qui l’évitait toujours habillement, ce jour, elle était prise dans le guêpier. La piqûre ferait mal, sans aucun doute qu’elle en sortirait pas indemne de tout cela. La colère, la peur, le désarroi se pressaient dans son être jusqu’à la faire trembler mais malgré tout cela, tout au fond d’elle, elle était heureuse de le voir. Elle n’en démonterait rien, ce n’était pas l’émotion qui prenait le dessus, mais c’était bien là.

Bonser… P…. Père…. »

Elle n’était pas rassurée, le ton de sa voix le marquait bien. Elle ne l’avait pas appelé ainsi depuis des années. Sa phrase était froide, sans la chaleur habituelle d’une fille à son papa qui est heureuse de le voir. Entre eux, c’était le fossé, ce saule immense qu’elle avait même pris pour emblème de son scel par l’importance qu’il avait dans cette famille. Tout avait commencé sous un saule… à une époque où elle-même n’était pas dans les pensées ni de sa mère, ni de son père marié à une autre. Peut-être était-il temps d’entailler l’écorce de cet arbre aux milles pleurs et de laisser la sève s’écouler de toute la haine, souffrance qui l’habitait.

Castelreng a écrit:
L’attente ne lui parut pas longue. Perdu dans ses pensées il n’avait pas eu à compter les minutes le séparant de l’arrivée de sa fille. Il avait même songé qu’elle ne se déplacerait pas. Lorsque le son de sa voix se fit entendre il se promit de donner un beau pourboire à l’aubergiste pour être parvenu à remplir sa mission.

Lentement il se retourna pour faire face à sa fille qui de toujours lui avait échappé. Sans rien dire il la regarda longuement. Pas de ce regard qui détail froidement mais de ces yeux de père se nourrissant de voir son enfant chéri. Et Elle avait toujours eu une place bien particulière dans le cœur du Cougain.

Déjà à la naissance il avait cru la perdre tant elle était menue et fragile. Sans mère pour la nourrir il n’avait pas été simple en ce mois de février 1442 de la garder en vie et au chaud. Il se rappelait comme si c’était hier du nombre impressionnant de fourrure qu’il avait acheté pour le plus grand confort de ses jumeaux alors qu’ils prenaient la fuite de Valence pour rejoindre Narbonne.
Il pouvait se rappeler sa bouche couverte de mûres et ses yeux pétillants d’avoir fait une bêtise. Ses pleurs lorsqu’elle tombait et son visage tout chaud contre son cou quand elle venait chercher du réconfort.

Il ne lui échappa pas sa grossesse avancée, ses traits tirés par la fatigue. Alors que les secondes s’égrainaient et que le silence demeurait, il se demanda d’où elle arrivait, sans vouloir savoir où elle se rendait. Avec la place qu’il occupe au Comté il n’était pas sans savoir qu’elle n’était pas en Languedoc depuis longtemps.
Il ne savait rien d’elle, pas même ou elle vivait. Il découvrait là qu’elle allait de nouveau être mère, sans rien savoir de son époux, si tentait qu’époux elle a.

Son bonsoir avait été plus timide que froid, peut-être un brin craintif qui eut pour effet de faire retomber la colère qui l’avait tenu depuis qu’il se trouvait dans cette pièce. Il se devait de briser ce silence qui commençait à peser. Que pouvait-il se passer dans sa jolie tête ?


Plus que la ressemblance avec ta mère, Princesse, tu as aussi hérité de son entêtement. Jamais avant elle je n’avais connu femme plus tête de bourrique … exceptée ta tante Nane bien évidement.

Furent les premiers mots qu’il trouva à lui dire. Pas de bonjorn, ou bonser. Un fait, simplement.

D’un geste de la main il l’invita à s’assoir mais resta debout, s’accoudant juste à la cheminée, reprenant ses esprits sans pour autant que ceux-ci soient des meilleurs. Comme lorsqu’il se trouvait remonté contre son épouse, le vouvoiement lui vint tout naturellement. Sa blonde aurait été là, elle lui en aurait fait la remarque. Pour l’heure loin de lui était cette pensée, il devint cynique.


La surprise doit être grande pour Vous car je me doute que votre présence n’est pas pour me rendre visite… Néanmoins il me fait plaisir de vous revoir, fêtons cela par un repas voulez vous…

Comment dois-je à présent vous nommer ? Donà de Fraisse de Corbières … à moins qu’il n’y est un nom marital… J’en sais tellement sur la vie de ma fille ainée que je m’y perds…


C’est plus qu’un reproche, c’est la peine d’un père devant ce fait. Il n’ajouta rien d’autre au risque d’être plus désagréable encore. Au risque de la voir lui tourner le dos. Chose qu’il ne voulait pour rien au monde même s’il n’en semblait pas tout à fait conscient.

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MessageSujet: Re: Oct 1462 : Le temps est venu de tailler le saule   Dim 15 Mai - 9:52

--Heaven a écrit:


Il se retourna pour lui faire face. Ses grands yeux fixèrent ce Père qui avait jadis été envers elle aimait. Du moins, c’était l’impression qu’elle avait eu… ou avait puisque ce temps lui semblait si loin. A défaut peut-être. Ou pas. Elle l’examina alors qu’il était plus près, pas attablé avec quelconque soldats. Là, à elle seule, dépourvu de toute distraction et dans un silence lourd. Son cœur était toujours affolé pourtant elle semblait calme et impassible. Les images que peut renvoyées l’ébène sont si rarement justes.

Elle sent ses yeux sur elle. Il la scrute de toute évidence. Des pieds à la tête. Il ne semble pas en colère comme elle mais, paternel. Aurait-elle devant elle ce papa qui lui racontait des histoires alors qu’avec son doudou elle courrait jusque dans son bureau en pleine nuit, apeurée parce qu’Hélie lui disait que sous son lit se cachait un monstre prêt à lui croquer les orteils. Tout petits, son jumeau en avait fait voir de toutes les couleurs à son Âme. Elle avait la sensation que ce même homme, là, sous ses yeux était celui qui la berçait et la rassurait pendant des heures à cette époque. « Oh papa comme j’aimerais que tu me berces dans tes bras en ce moment…. »


Le silence, enfin il le tarit. Elle n’osait plus bouger. Heaven comprit que pendant ses longues minutes il était à revoir celle qu’il avait aimé d’un amour profond, intense comme aucun homme possiblement ne l’avait aimé elle encore. La référence la toucha et alors qu’il parla de Nane, un fragment de sourire hanta ses lèvres. Il était exacte de dire surtout que les deux seules femmes qui avaient su tenir tête à son père était Kali Sokratès et Nane Du Cougain.

Il lui fit un geste respectueux et courtois. L’invitation à prendre place était lancée mais pour le moment, elle ne bougea pas de près de la porte. Elle était tétanisée. Hésitante encore à savoir si elle prenait la fuite comme elle l’avait toujours faites face à lui ou pour une fois, acceptait qu’il avait été plus fort qu’elle et l’avait acculé à se parler. Le cœur tambourinait jusqu’à lui faire mal à la tête. Pourtant, elle restait là, silencieuse, son regard toujours porté sur lui près de la cheminée. Il avait l’air si bien, si heureux malgré ce qu’elle lui faisait vivre, elle… la déchéance de sa descendance.

Le ton et le vouvoiement qu’il prit la surpris cette fois. L’avait-elle insulté à refuser de s’asseoir ? Oui, dans son état, ce serait sans doute approprié mais ne comprenait-il pas qu’elle ne pouvait juste pas décoller ses pieds du plancher là toute de suite ? Non, probablement pas. Les mots circulaient dans son esprit et un frémissement la parcourus. Il était acerbe, mécontent. Elle le ressentait bien mais… Mais pourquoi ?

Et le couperet tomba. A cette pique contre sa vassalité et son mariage. Elle comprit que ce serait l’heure des reproches. Elle l’avait toujours sut, à peine avait-elle passé cette porte et vu qui était l’hôte de son invitation. Le repas lui resterait en travers de la gorge de toute évidence.


« Avez-vous oublié mon prénom durant ces dernières années ? Si vous ne pouvez plus m’appeler Heaven j’imagine qu’il est juste que je ne vous appelle plus père … »

Sa voix était emplie de tristesse, nullement de colère bien qu’elle se sentait attaquée et cherchait à se défendre malgré tout. Le tout petit animal blessé par la vie, pris dans une cage était prêt à mordre par instinct de survie.

« Mais oui, vous savez très bien qu’elle est le titre rattaché à mon nom. Ne l’utilisez pas s’il vous fourche la langue. Quant à mon statut marital, vous serez sans doute ravie de savoir que mon mariage est dans une dissolution. »

Elle était furieuse et s’étant crispée, elle poursuivit, cherchant à refouler ses larmes dans sa colère.

« Que souhaitez-vous savoir … Pè… Cas… Senhèr… » Elle peinait à savoir quel terme utilisé avec lui, sans trop lui manquer de respect. Après tout, elle l’aimait bien qu’elle ne l’avouerait pas là ! « Que j’ai tout quitté le Limousin parce que mon mari m’a abandonné une fois de plus avant de naturellement implanter un peu de tout l’amour qu’il me porte dans mes entrailles ? Que je tente de survivre malgré la peine qui m’a assiégée durant des mois ? Que j’ai tenté de me tourner vers mon frère ainé qui a soudainement disparu lui aussi ? Que j’ai mal à voir tout ce bonheur que mon jumeau vit et que je lui envie ? Que j’ai traversé cette salle tout à l’heure et à vous voir j’avais envie de pleurer…. C’est tout cela que vous voulez savoir ? Qu’est-ce qui satisferait assez votre égo de père qui n’a cesse de m’accabler de tous les maux depuis des années voudraient entendre…. Dites-moi… je suis épuisée…. »

Elle retenait sa tristesse. Elle avait peur qu’elle déborde de ses yeux. Mais la fougue de la rage avait décimé tout sur son chemin et encore, elle n’était pas à son apogée. Malgré la dureté des mots, la tempête était stable, elle devait encore se déchainée et ce ne serait pas des plus tendres ni d’un côté, ni de l’autre bien évidemment.

Castelreng a écrit:

Elle n’avait pas bougé d’un pouce. A quoi s’attendait-il ? A ce qu’elle prenne place à cette table dressée et se mette à lui faire une conversation de salon comme s’ils s’étaient vu la veille ? Non bien sur que non. Il ne s’attendait à rien de cela mais plutôt à ce qu’elle tourne les talons et referme la porte derrière elle d’un mouvement sec. Au plus profond de son être il en fut rassuré.

Ses yeux se rivèrent de nouveau aux siens et quand elle prit enfin la parole, intérieurement il rétorqua « Non….que je te nomme Princesse… comme lorsque tu étais enfant.. » alors qu’il avait la gorge sèche.

Il avait su la piquer, il ne savait vraiment si c’était le but recherché. Ses phrases étaient sorties d’elles même, trop proches de ses lèvres depuis trop longtemps. Il avait été tellement blessé de la voir se tourner vers un autre que lui, le légitime, que plus qu’une simple jalousie la blessure reçue n’avait fait que gangrené son cœur un peu plus chaque jour. Le comprendrait-elle un jour ?

Le reste de ses paroles lui fit mal. Son cœur rata un battement, le sang déserta son visage. Il devint livide. Sa main s’agrippa au premier dossier de siège se trouvant là alors que ses jambes ne semblaient plus vouloir le tenir. C’est le lourd fauteuil qui le garda debout. L’amazone venait de terrasser le dragon.
Les yeux encore exorbités pas le choc reçu, dans un souffle il lâcha.


Alors c’est un monstre que vous voyez en moi …. Que donc vous ai-je fait ma fille pour que vous me condamniez comme ça ?

Sans lâcher le dossier qui le gardait sur ses pieds, il parvint sans trop savoir comment – et peu lui importait – à s’effondrer sur l’assise du fauteuil. La blessure était profonde et dans le regard posé sur la jeune femme on pouvait le lire.

Sa tête finit par se baisser ne voulant pas lui montrer en son entier la peine qu’il était à ressentir et le tutoiement revint de lui même.


Tu as voulu quitter le nid avant même de savoir voler. La plus grosse erreur de ma vie c’est de t’avoir laissé faire, de ne pas avoir voulu te tenir tête par peur justement de te perdre…. Qu’ai-je gagné…. La haine que semble me porter…


Un silence se fit, oppressant.


J’aurai du…. Je n’aurais pas du écouter mon cœur et te laisser faire comme bon te semblait… J’aurai du suivre mon instinct et te tenir tête quitte à encourir ta colère et ton mépris… Peut-être en serait-il sorti du bien… mais ça ne pourrait être pis que ça ne l’est là.


Les yeux brillant et brûlant il la regarda de nouveau.


Je n’ai jamais voulu que ton bonheur…. Je ne veux que retrouver ma fille celle qui avant de connaitre la nature de sa naissance me regardait les yeux emplis d’amour…

Est-ce trop demander à son enfant ?


Tendant la main vers elle sans pour autant se lever, il s’en trouvait encore incapable, il ajouta d’une voix lasse.

Viens… viens t’assoir avant de t’effondrer….

--Heaven a écrit:




Les mots n’ont de profondeurs que ceux que nous souhaitons leur donner. A cet instant, le mantra était tout sauf donner intérêt aux paroles de son père à propos de son identité. Elle peinait déjà à s’identifier, à aimer ce qu’elle était sans en plus dévaloriser le peu de chemin qu’elle avait fait dans sa vie. Elle ne le permettrait pas. Pas cette fois, Pas encore. La seule qui pouvait avoir des regrets, c’était elle.

Et seul Dieu savait à quel point elle en avait… Lui élaboré les quelques misères qui régentaient sa vie lui avait fait prendre conscience que tout ceci n’était que la pointe d’un immense iceberg. Ce dernier dérivait, inondait son existence et la noyait sous la pesanteur des souffrances trop dures à surmonter. Et encore, elle ne voyait que le sommet. Elle fut frappée alors qu’il lui demanda ce qu’il avait fait. Vraiment ? Elle le regarda comme si c’était d’une limpidité excessive. Il ne le savait pas ? Depuis toutes ses années à ce qu’elle l’évite il n’avait pas compris encore ce qu’elle lui reprochait ?

Le voir ainsi céder à la lourdeur de la tristesse lui brisa le cœur. Elle avait beau lui en vouloir pour bien des choses, le responsable était tout autre. Et voilà qu’il lui parlait d’un des pires moments de sa vie, un des déclencheurs à tous ses malheurs. Les regrets dans la voix de son père était palpable bien avant les aigreurs de ses mots qui venaient du cœur. Elle en fut secouée, bien plus confuse qu’elle ne l’aurait voulu. Personne n’aurait pu rester de glace avec un tant soit peu d’amour pour cette personne, même pas elle.


« Pè… Castelreng… Je n’ai qu’un reproche à vous faire, c’est celui de m’avoir mentir. A cause de vous, chaque jour de mon existence est basé sur le déni, ce besoin de vérité avant toute chose. Et les gens sont des hypocrites… »

Elle se fait plus dure en parlant, le cœur en morceaux pas par lui, mais par les aléas de sa vie chaotique qui l’ont façonnée telle qu’elle est aujourd’hui.

« La vérité n’est qu’un leurre. Les gens ne peuvent survivre dans une droiture imposée par le bonheur mais également la souffrance d’être constamment honnête. Et je ne vaux pas mieux qu’eux… Je sais reconnaitre que je suis aussi horrible que ces gens puisque je me cachais de vous par la peur de ne pas être à la hauteur de vos attentes. Je me suis menti à moi-même sur les conséquences de cette décision mais je vous ai également fait souffrir en vous faisant croire que vous étiez le seul responsable de mes maux. Mais la vérité c’est que nous sommes simplement maudits…. »

Elle en avait les larmes qui lui piquaient les yeux, refusant la main tendue de son père voyant bien qu’elle peinait par le poids du bébé mais encore plus par celui de son cœur qui se déversait de toute la bile acerbe qu’il accumulait depuis des années.

« Par Elle… qui a fait ses choix, qui nous les a imposés à tous. Vous-même en avez été victime. Et les gens le disent sans cesse… à quel point je lui ressemble. Suis-je aussi mauvaise qu’elle ? Vais-je tourmenter ceux que j’aime jusqu’à mon dernier souffle et par-delà ce dernier comme elle l’a fait ? Elle nous a tous emmené dans ce tourbillon de déchéance…. Je la hais…. Je la déteste…. Je me…»

Ne finis pas sa phrase, ravalant les larmes qui pointaient rageusement le coin de ses yeux. Elle n’avait plus versée une seule larme depuis que Joska l’avait abandonné une fois de plus et s’était juré de ne plus faire. Ce genre de promesse n’était qu’éphémère mais pour le moment, le barrage tenait encore.


« Ne rapportez pas tout à vous Père…La seule chose que vous devez comprendre c’est que je suis comme elle… à vous faire souffrir simplement. »

Elle l’avait appelé père sans s’en rendre compte. Portez par les émotions contradictoires qui avait sommeillé en elle et qu’il avait brassé dans tous les sens avec cette rencontre. Parce que si Kali l’avait fait souffrir, elle l’avait sans doute aimé. Et Heaven était bien comme elle… la réplique exacte avec quelques défauts de transposition sans doute.

Castelreng a écrit:
Ce fut presque une chance qu’il se trouva assis car pour sur qu’il serait tombé sur les fesses en entendant les paroles de sa fille.

Sa première remarque le fit cependant grimacer car que d’un mensonge comme elle voulait nommer la chose, c’était surtout une omission face au bonheur qui était leur quotidien à tous. Pour le reste, il ne savait comment et par qui elle avait pu se faire de telles idées fausses sur sa mère naturelle et ne savait que trop les dégâts qu’elles avaient engendré. Des années pour elle à fuir et pour lui à l’espérer. Des années pour tout deux de perdues.

Quand enfin elle se tut, il se leva. A l’entendre et enfin la comprendre il avait retrouvé ses forces et surtout l’espoir. En quelque pas donc il fut près d’elle. Il ne savait ce que serait sa réaction, peut-être aurait-elle un moment de recul mais peu lui importait. Une chose seule comptait à cet instant : qu’elle prenne place dans un fauteuil !

Alors, avec des gestes doux, comme on en a pour approcher un petit chat sauvage, il lui prit une main pendant que de son bras libre lui entourait les épaules. Son cœur battait à tout rompre, il craignait qu’elle ne le repousse et plus qu’une étreinte, c’était un effleurement. Frôlement qui parvint à lui faire quitter la porte pour se retrouver toute en douceur dans un fauteuil. Une fois installée, il prit place en face d’elle, reprit sa main qu’il garda enfermée dans les siennes et dit.


Princesse … Je ne sais où tu as pris que j’attendais de toi autre chose que l’amour d’une fille pour son père… et nous ne sommes certainement pas maudit.

Quelques secondes glissèrent, légères et le patriarche reprit.

Je ne sais ce qu’on aura pu te dire de Kali mais une chose est certaine c’est que tu ne dois pas avoir honte de lui ressembler. Ta mère ma chérie était une femme d’un grand courage et un cœur trop grand. Certes elle avait un genre de vie bien spécial mais ce n’est pas pour autant que c’était le diable. Elle était brigande, oui. Mais elle s’était rangée alors qu’elle vous attendait ton frère et toi.
Tu sais, elle ne nous a pas abandonné, loin de là. Elle voulait la vie de famille que nous lui offrions tous les trois. On ne peut lui en vouloir d’avoir voulu aller dire au revoir à ton demi-frère avant de prendre la route avec nous pour Narbonne.

Je te passe les détails Heaven mais pour rien au monde je ne voudrais connaitre les souffrances qui ont été les siennes avant de mourir… Elle ne mérite pas la haine que tu lui portes, elle t’aimait comme une mère peut aimer son enfant, elle n’a juste pas eu le droit de te le dire et de te voir grandir.


Il ôta sa main qui reposait sur celle de sa fille et leva l’autre pour la porter à ses lèvres.


Tu lui ressembles Princesse mais tu n’es pas Elle et ne le sera jamais… Et si tu m’en laisses le temps, je te dirais tout ce que tu veux savoir à son sujet sans rien te cacher.

Me le permettras-tu ?


Il n’ajouta rien, libéra sa main et s’adossa à son fauteuil. La balle était dans le camp de sa fille. Mais il savait que tant qu’il ne lui aurait pas conté toute l’histoire qui l’avait fait naitre ainsi que sa triste fin, rien entre eux ne pourrait changer.

--Heaveen. a écrit:


Furieuse ou désorientée. Meurtrie ou défaite. C’était du pareille au même. Elle était mal et cela se transpirait dans ses paroles, dans sa stature et sur son faciès. Ses grands yeux ténébreux, aussi profond que des abysses, analysaient l’homme qui été celui qu’elle avait recherché inconsciemment dans toutes ses aventures. Jamais aucun ne c’était révélé lui ressembler. Tout petit rêve de petite fille qui clame à tout va qu’un jour, elle épousera son papa ! Bien pour elle, bien involontairement, elle était attirée par les hommes qui lui ressemblaient. Pas de chance à se faire comprendre avec son père, pas étonnant non plus qu’elle est accumulée les déboires amoureux.

Il a l’air d’être insécure. Tombe bien, elle aussi. Elle est méfiante en plus. Le chat sauvage se recule dans le fond de sa cage alors que le dompteur approche. Elle ne peut plus reculer, la porte close lui refuse toute fuite. Surtout qu’il ne la touche pas, elle va craquer. Ses yeux sont bien assez explicites par le niveau d’eau dangereux. Ne le voit-il pas ? Apparemment non puisqu’avec une douceur infinie, il vient l’envelopper de son bras prudemment. Il dose ses gestes, elle ressent tout l’amour dans ces derniers mais également la retenue. Le premier réflexe de l’ébène aurait été de hurler et de le repousser. C’est ce qu’elle aurait fait si seulement elle n’était pas aussi épuisée de toutes ses misères, disputes ou guerre avec lui.

Elle le laisse l’entrainer. Elle avait eu raison plutôt, il sent toujours aussi bon la menthe. Son cœur s’affole, les larmes vont s’échapper… Elle rassemble tout son courage pour éviter que le barrage cède. C’est difficile, surtout à la chaleur paternelle qu’il dégage. Ce serait tellement facile de l’étreindre, de caler son visage dans son cou et de pleurer afin de laver tous ses maux qui les blessaient depuis tellement de temps tous les deux. Pourtant, c’est les fesses dans un fauteuil qu’elle se retrouva, à le regarder de nouveau. Elle était hébétée d’avoir transposé son cœur, ses regrets, ses doutes dans ses mains qu’il semblait prendre et les faire disparaitre de quelques mots. La seule certitude qui demeurait c’était sa main dans les siennes.

Il n’en avait peut-être pas conscience mais il avait su choisir les mots, su prendre assez de recul, savoir l’attendrir alors qu’elle avait les ailes blessées pour la panser. Elle l’écouta sans rien dire, le silence digne d’intérêt. Les larmes avaient été balayées par les paroles. Le tambourinement de son cœur avait pris une cadence plus normale et à ces mots, elle se sentait presque gênée. Il était à lui faire une offre, à lui apprendre qui elle était réellement avec un miroir qui lui renverrait un reflet peut-être pas aussi négatif pour une fois. Était-elle seulement prête à regarder à l’intérieur ? Cela voudrait dire encore une fois que tout ce qui avait été n’était que lubie, mensonges et chimère à son image. Elle soupira, réfléchissant à toute vitesse à sa demande, ou espoir. Elle ressentait bien qu’il avait envie d’éclaircir autant ses jours à lui mais les siens également.

Il posa sa main contre ses lèvres. Cette barbe légèrement piquante irrita sa main et la fit étirer les lèvres. Le souvenir de ses baisers contre ses joues, enfant, où elle criait ‘’ Ça gratte papa !!! Arrêteuuhh… ‘’ Et ce rire qui en suivait à chaque fois. Elle regarda ce Père, le sien. Elle comprit à cet instant qu’elle aimerait l’entendre rire de nouveau au lieu de le voir aussi triste quand ils se voyaient. Elle aimerait que sa petite fille puisse rire et crier le même genre de chose à son grand père un jour. Elle inclina la tête, les yeux fuyant les siens cependant encore bouleversé par la prise de conscience en elle d’un avenir différent.


« Oui Père…. Racontez-moi…. Je crois que je suis prête à l’entendre puisque vous êtes prêt à faire l’effort d’en parler. »

Combien de fois avait-elle voulu qu’il lui parle de sa mère ? C’était à mettre Castelreng en colère quand elle avait su. Pour lui, c’était un temps résolu, douloureux. Elle l’avait compris mais sa recherche d’identité en avait été entravée par ce refus, par tout ce qui avait été masqué, raconté avec ses vérités ou ses mensonges relatifs. Euzen lui préférait ne pas savoir et il était le seul à avoir des souvenirs de Kali. Hélie lui s’en foutait complètement, sa mère avait et resterait Oriabel. Mais elle… elle… elle avait besoin de savoir ! Cela dit pourrait-elle tout savoir cette fois ? Pourrait-elle creuser dans ce passé si tabou sans casser quelque chose dans ce roc du Cougain ? C’était à voir.


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MessageSujet: Re: Oct 1462 : Le temps est venu de tailler le saule   Dim 15 Mai - 9:55

Castelreng a écrit:
Il reprenait espoir d’enfin retrouver sa fille si longtemps perdu. Redevenir sa terre ferme, son île, son cocon devenait un rêve pouvant se réaliser, il le sentait au plus profond de lui. Et quand elle lui affirma être prête à l’entendre il ne lui cacha pas sa satisfaction. Néanmoins, que de commencer son récit qui risquait d’être long, il se leva pour rejoindre la table garnie à leur attention d’un repas froid et de boissons. Prenant le flacon d’hypocras il en emplit deux verres. Revenant sur ses pas, il en tendit un à la jeune femme, posa le sien sur la sellette à leur coté avant de retourné à la table pour mettre dans une assiette quelques petites tourtes, du pain et du fromage qu’il glissa sur les genoux de sa fille avant de se réinstaller dans le fauteuil.

Ça risque d’être long, tu as besoin de manger et de boire un peu pour te remettre de tes émotions… .Un sourire taquin glissa sur le visage paternel en quand il ajouta… et celles à venir….

Reprenant son verre sans quitter des yeux la belle jeune femme qui est sa fille, il bu une gorgée tout en cherchant les premiers mots de ce qui avait été la vie de Kali et la sienne bien évidemment.


Je crois que le plus simple est de commencer du début, du jour où pour la première fois je l’ai vu..

Un sourire nostalgique vint relever ses lèvres et éclairer ses yeux. Furtif mais présent alors que ses souvenirs doucement remontaient.

Quand j’ai rencontré ta mère pour la première fois, elle venait d’arriver en ville avec Balian pour se faire tous deux baptiser afin de se marier... A l’époque, Balian et moi étions de grands amis. Nous étions tous deux soldats et j’occupais le poste de Lieutenant de la maréchaussée de la ville. Balian m’avait demandé d’être leur parrain et le témoin à ses noces… c’était au mois d’aout je crois, j’étais marié depuis quelques mois... Elle était belle, magnifique, fière et au premier regard posé sur elle, j’ai su qu’entre nous quelque chose de complexe arriverait sans trop savoir quoi.

Ma jeune épouse était peu présente, s’occupant de son herboristerie et de sa petite fille qu’elle avait eue juste avant nos épousailles. De mon coté, l’armée, la maréchaussée et l’animation de la ville dont je m’occupais me prenaient tout mon temps. Autant dire qu’on se voyait peu pour ne pas dire rarement. De son coté Kali se retrouvait dans cette ville qu’elle ne connaissait pas avec un fiancé peu présent aussi. On se croisait régulièrement autour d’un verre en taverne mais c’est lors de nos promenades respectives sur la plage que nous avons vraiment fait connaissance. Au départ on parlait de tout et de rien puis au fur et à mesure, alors que de mon coté je faisais en sorte de me trouver sur le chemin de ses balades, nous en sommes venus à se confier l’un à l’autre. Elle était malheureuse, en début de grossesse et se sentait seule. De mon coté ce n’était guère mieux, mon épouse étant devenue presque une étrangère…
Un jour un orage nous a surpris, nous forçant à courir nous mettre à l’abri. Nous y sommes parvenus en nous réfugiant dans une vielle chaumière abandonnée… Celle la même que tu connais. C’est ce jour et là que tout entre nous a changé. Nous ne voulions pas, trop conscient des conséquences de cette attirance qui nous poussait l’un vers l’autre..


Portant son verre à ses lèvres pour boire une gorgée d’hypocras, le silence s’installa un court instant. Ses yeux revenant se poser sur sa fille, il se demanda se qui pouvait là se passer dans sa jolie tête. Elle qui de toujours le voyait comme un homme droit ou rien ne vient l’entacher était à apprendre que non seulement il avait trompé sa femme mais avait volé la promise de son ami.
Voulant aller jusqu’au bout de cet épisode pour connaitre ensuite les pensée de sa fille, il reprit donc son récit alors que ses doigts faisaient tourner son verre à moitié vide.


Nous avons tout fait pour ne pas succomber a l’attirance qui semblait nous lier comme un lierre entourant les branches d’un arbre. En rien nous ne voulions blesser les être qui nous étaient chers. .
Il haussa les épaules tout en poursuivant. C’était une bataille perdu d’avance, nous sommes devenu amant…..

De nouveau le silence vint remplacer la voix du Cougain et cette fois il ne reprit pas, laissant à sa fille le temps des premières remarques ou reproches..

--Heaveen. a écrit:


Assise, prête à entendre le récit de ce qu’elle avait toujours pensé être mais qui finalement n’était qu’une pâle image à côté de la vérité, elle regardait son père avec plus de douceur qu’elle ne l’avait pas fait depuis sa tendre enfance. Il se leva, remplit deux verres et lui en tendit un. Elle le refusa, comme tout autre. Dans son état, elle faisait très attention à ce qu’elle consommait et puis, elle avait arrêté de boire de l’alcool à la grossesse de Kalianna. Parfois, elle dérapait bien afin de noyer une colère, un doute ou un état d’esprit mais c’était très rare. Elle avait toujours voulu éviter cet état de désolation qu’elle avait vu chez son père, s’embrumant l’esprit d’eau-de-vie après la mort de sa belle-mère Oriabel.

L’entêtement des Cougain est légendaire et toute lignée qui se respecte abuse des traits dominant. Chez eux, c’est bien ce dernier qui les dénotent tous. Le voilà que cette fois il lui remplit une assiette et la dépose sur ses genoux. Quelle bourrique ! Il ne cherche qu’à gagner du temps ou il s’inquiète vraiment pour elle ? Elle a rapidement la réponse à cette question alors qu’il lui suggère de manger, qu’elle en a besoin mais envisage de tout lui révéler telle que convenu. Elle opine doucement la tête mais n’a pas faim. Elle garde cependant le plat sur ses genoux.

Elle a les yeux qui se perdent en contemplation de cet homme qui est et restera toujours un des hommes les plus importants de sa vie. Elle boit ses paroles, le relent de ses souvenirs qu’il veut bien partager avec elle. Heaven en oublie qu’elle avait dit à Sandra revenir rapidement. Depuis combien de temps déjà elle est là ? Cela n’a aucune importance, elle ne veut plus jamais qu’il arrête. Il lui ouvre son cœur de la plus belle des façons et elle se sent privilégier de cette confiance en elle pour se faire. Elle ne la mérite pas, mais elle s’en sent honorée.

Elle a beau l’écouter religieusement, elle se fait violence pour ne pas poser de questions plus encore. Belle, magnifique et fier. Mais encore ? Qu’aimait-il chez elle ? Qu’est-ce qui lui avait fait tourner la tête chez sa mère pour qu’il en vienne à oublier qu’il était marié ? Et elle, savait-il ce qu’elle avait vu en lui ? Il parait qu’elle était enceinte, c’était possiblement d’Euzen non ? Comment avaient-ils succombés l’un à l’autre ? Combien de temps leur histoire avait duré ? Les questions se bousculent dans sa tête d’ébène mais elle ne cesse d’emmagasiner tout de même les informations qu’il lui offre. Elle ne l’interrompt pas. Elle garde ses questions pour plus tard si jamais il acceptera d’y répondre.

Il prend une pause. Il a l’air un peu perdu dans le rassemblement de ses souvenirs. Il est soucieux de tout lui relater le plus convenablement possible sans rien omettre tel que promis. Elle apprécie cette grande sagesse chez lui et sa droiture. Elle commence à devenir impatiente et sans même s’en rendre compte mange ses émotions, remontant quelques victuailles à ses lèvres, le dévisageant toujours.

Elle comprend qu’ils ont tous fait pour se résister mais que cela n’a pas suffi. Cela lui rappelle une histoire, son histoire avec Joska bien que les contours différaient grandement. Mais elle sait ce que c’est, comprend très bien que parfois les attirances sont tellement ancrées, tellement fortes qu’il est impossible de résister à l’appel de deux âmes sœurs. L’impossible contrairement à ce que les gens croient porte un nom, seulement ce dernier diffère pour tous. Le sien était tatoué de Joska, celui de son père de Kali. Voyant que son père la regarde, elle incline la tête. Elle ne souhaite pas le juger. De toute manière, elle comprend tout cela. Les questions attendront. Elle veut savoir la suite et l’y i
nvite.

« Continue… »

Castelreng a écrit:
Il s’attendait à des questions. Il pensait qu’elle lui montrerait son étonnement sur son comportement. Il n’en fut rien. Elle le surprit agréablement en découvrant qu’elle buvait ses paroles comme un enfant assoiffé vidant avec avidité son verre de lait.

Continue… Ce simple mot chanta en lui dans comme la plus belle des mélodies, elle avait oublié ce vouvoiement qu’elle lui sert depuis des années. Comment ne pas sourire à cela ? Il ne se priva pas ! Tout comme il ne se priva pas d’emplir de nouveau son assiette et de lui apporter un verre d’eau fraiche puisqu’elle n’avait touché à l’hypocras. Il fit cela tout en ayant repris son récit.

Tournant la tête vers sa fille alors qu’il venait de poser dans l’assiette une part de tarte au citron, il commença en disant.


La première fois que j’ai aimé ta mère, c’était sous le saule où à présent elle repose. Je suis certain vois-tu qu’elle n’aurait pas voulu d’autre endroit que celui-ci pour son dernier repos…

Se rasseyant, il se retrouva plongé là où il avait laissé son récit.


Nous avons réussi à donner le change durant un mois. Je ne me souviens plus comment cela est arrivé, juste que Kali et moi n’en pouvions plus de mentir à tous. J’ai donc quitté ma femme et elle Balian et nous sommes allés vivre tous deux dans la chaumière sur la plage. Bien que nous ayons fait le mal autour de nous, nous y avons vécu des jours merveilleux. Nous étions jeune… j’avais tout juste ton âge mon Cœur et ta mère était devenue le centre de ma vie. Je l’aimais à la folie tu sais. Je crois qu’entre nous en fait ce fut un formidable coup de foudre. Elle avait été faite pour moi et je n’avais de cesse de le lui dire et vois tu... Aujourd’hui je le crois encore... J’ai fait bien des folies pour ta mère et j’en aurais fait bien plus s’il l’avait fallu.

A la fin Septembre, j’ai compris qu’elle n’était pas une femme comme les autres quand elle s’est retrouvée mêlée à une bande de brigands. Une petite bande de malfrats était à la recherche d’une fille de joie pour je ne sais plus quelle raison, une vengeance certainement. Mes brigadiers les avaient surpris dans une clairière et ils découvrirent Kali se faisant malmener par le chef qu’il assomma en la faisant voler contre un arbre. C’est Ethan qui la ramena au village à ma femme d’ailleurs pour qu’elle la soigne. Ne pouvoir la prendre dans mes bras et devoir la regarder dans ceux de Balian fut une torture. C’est une fois rendu dans cette fameuse clairière où se trouvaient encore un brigadier et la bande de vaurien que j’ai découvert qu’Elle aussi faisait partie de la bande. Le choc fut de taille mais ce ne fut rien à coté de ce qui se passa.

Il fallait arrêter ces brigands, et c’est ce qu’on tenta de faire... mes deux brigadiers et moi-même. Ce fut une boucherie, on se retrouva tous les trois grièvement blessés et c’est le lieutenant de la caserne qui, à force d’inquiétude de ne pas nous voir au matin se mit en chasse. Il me fallu 3 semaines pour enfin pouvoir quitter l’infirmerie de la caserne et constater que ma belle Ebène n’était plus là. De mon épouse, aucune nouvelle, aucune inquiétude non plus, c’est pour dire où en était notre mariage tu vois... Mais mon Âme elle était là….


Il fit une pose pour vider son verre. A tant parler il n’avait plus de salive.

Au mois d’octobre ou novembre, elle n’en pouvait plus des pressions de Balian et des regards de travers des villageois se disant nos amis. Je ne cessais de lui dire que ça passerait, qu’ils finiraient tous par s’y faire qu’ils n’avaient pas à se mêler de nos vies. Elle était trop à bout et enceinte ne l’oublions pas. Alors un soir, elle m'a annoncé qu’elle me quittait, qu’elle préférait partir loin de moi et loin de Balian plutôt que de devoir choisir entre nous et en faire souffrir un. La querelle fut grande car je ne pouvais admettre. Elle est tout de même partie, sans se retourner, le cœur brisé, la rage me consumant, j’ai brûlé la chaumière, ne gardant d’elle qu’une étole de soie bleue. J’ai cru devenir fou, j’ai passé mes premiers soirs à boire jusque plus soif pour ensuite l’inonder de missives. Elle a finit par revenir. De son coté Balian faisait tout son possible pour qu’elle lui revienne aussi. Il l’a sans doute aimé autant que je l’ai aimé. Elle s’était réfugiée à Valence. C’est non loin de cette ville qu’était le repaire de son clan. Car oui elle faisait bien partie d’un clan… les Revenge… à leur tête... Lazard…

Il se leva en prenant son verre et alla l’emplir d’eau fraîche. Revenant vers sa place, il sourit tendrement à sa fille et lui dit les yeux pétillants.

Toujours pas de questions je présume ?

Se rasseyant, il poursuivit donc sans attendre, car, il connaissait la réponse.

J’aurais tout donné pour pouvoir aller la retrouver mais nous étions un couple damné, dans tout les sens du terme.. Étant soldat je ne pouvais comme ça quitter la ville, il fallait l’accord du lieutenant. Ce n’est plus comme maintenant où ils n’en font qu’à leur tête. De mon temps et là précisément c’était carré. L’accord me fut refusé. Le comté était menacé d’une invasion d’écossais arrivant du Portugal. Ce fut dans le Comté et pour ses villes un grand bouleversements, il fallait nourriture en suffisance, il vint à Narbonne et Carcassonne des lances complètes de soldats. Ne pouvant pas démissionner, j’écrivais encore et encore. Chaque matin à l’ouverture des portes de la ville je me trouvais là. Je l’espérais tellement. Et un jour elle fut là. Elle s’était fait brigandée en route, tenait à peine sur ses jambes et s’effondra dans mes bras.
Notre nid n’étant plus qu’un tas de cendre et moi vivant en caserne depuis son départ, je l’ai porté jusque chez ton oncle Ethan qui fut des plus heureux de lui laisser sa maisonnée….


De nouveau il s’arrêta là espérant cette fois au moins une question ou une trépanation de la part de sa fille. En fait c’est même pour cette raison qu’il décida de faire cette courte pause…

--Heaveen. a écrit:


Voilà qu’il recommençait, remplissait de nouveau son assiette en la débarrassant de celle-ci et lui posant une alléchante pâtisserie. Bien que cela semblait l’appeler et lui dire ‘’ mange-moi ‘’ elle résista à cette petite voix du vice. Elle prit l’assiette et la déposa sur la petite table basse du salon des invités privilégier et échangeant la porcelaine pour le verre d’eau. S’en abreuva quelques peu pour retourne attentivement à la voix chaleureuse du conteur qui n’était nulle autre que son paternel.

Castelreng semblait avoir le vague dans les yeux. Il était perdu dans ses souvenirs. Pourtant, à ce moment précis, il n’avait pas l’air aussi vieux qu’elle le voyait souvent en parlant de lui avec une tierce personne. Il avait l’air amoureux, fougueux, pleins d’énergie. Il était séduisant, vraiment. Elle pouvait comprendre ce que les femmes lui trouvaient. C’était la première fois qu’elle le voyait autrement et elle était fascinée par lui.

Il lui parle de cet emblème, de ce saule qui compte tant pour elle, pour lui, pour eux. Heaven ne peu réprimer un sourire en comprenant que non seulement c’est là qu’elle repose depuis toutes ses années mais c’est là aussi qu’ils se sont aimés la première fois. Peut-il y avoir quelque chose d’aussi romantique que cela ? Plus jamais elle ne verra cet arbre de la même façon. Ce n’est pas seulement l’icône de tristesse qui de ses branches renverser comme des larmes lèches la terre ou la mort, mais le protecteur d’un amour magnifique. Il est également le protecteur de toute une lignée dont elle fait partie.

La vie cachée et mystérieuse de sa mère est lentement révélée. Beaucoup de secrets, beaucoup d’amour et énormément de sacrifices pour eux. Pour Balian, Pour son Père. Le triangle amoureux dont elle-même avait su se dépêtrer entre Gade et Joska, ayant choisi le meilleur malgré le pire. Si elle avait choisi Gade à l’époque, elle serait sans doute mariée à lui, cocue de nombreuses fois et portant la descendance d’un Comte imbu que de sa propre personne. Le clébard n’avait été que le sac à puce de passage dans son existence mais les parasites qu’il avait porté avec elle avait piqué encore longtemps après qu’elle l’ait jeté une fois pour toute hors de sa vie. Elle avait pris Joska et il l’avait abandonné pour une raison encore inconnue. Pourtant, malgré ce que beaucoup pourraient pensés, elle ne regrettait pas ce choix. Gade même couronné n’arriverait jamais à la cheville d’un Joska absent. Étrange quand même…. Est-ce que sa mère avait pu regretter ce choix ? L’ébène connaissait Balian et il était très bel homme. Vraiment. Les réflexions allaient bon train.

Alors que son père s’arrête le temps d’une pause, qu’il la regarde. Elle voit bien que dans ses yeux, il attend de voir qu’elle participe. Elle n’aurait pas souhaité faire mais bien des questions l’assaillirent, se doutant cependant que l’histoire n’est pas terminée.


« Tu as vraiment brûlé la maison par amour … enfin par sa perte d’elle ? »

Quel romantique son père quand même ! Jamais elle n’aurait l’opportunité de trouver un tel homme. En voulait-elle ? Comme toutes, elle était une Dame, elle aimait les attentions mais aussi extrémiste ? C’était tout de même idiot bien que magnifique. L’amour c’est un peu ça sans doute…


« Mais je ne comprends pas, elle est toujours là cette maisonnée sur la plage de Narbonne. Hélie y a résidé longuement, je l’ai même fait visiter à Joska lors de notre passage pour te présenter Kalianna. Tu l’as reconstruite ? »

Castelreng a écrit:
Enfin elle se décidait à faire un commentaire, poser une question. Il en fut touché et le sourire qu’il afficha fut pour elle et non pour confirmer son fait. Bien calé dans son fauteuil il lui fit donc réponse avant tout.

Cette chaumière Heaven, c’était plus qu’une maisonnée, c’était là que nous nous rencontrions à l’insu de tous, c’était là qu’un court temps nous vivions notre passion. Cette chaumière sans Kali je ne pouvais le concevoir. Je l’ai brulé oui, vraiment et je l’ai regardé flamber jusqu’à ce qu’il n’en reste rien, sans un remord. Elle était partie…

Il garda un instant le silence, semblant être loin, très loin. Recherchant ce qu’il avait ressenti à ce moment là et dit.

Je crois que je ne voulais pas avoir de souvenirs et cette petite maison était le plus important. J’étais en rage, blessé tu comprends… Et tu vas comprendre pourquoi elle est toujours là comme tu dis… Mais je t’assure que lorsque ce jour j’en suis parti, ce n’était plus qu’un tas de cendre.

De nouveau le silence le temps pour l’homme de prendre son verre et le porter à ses lèvres.

Comme je te disais, j’ai conduis ta mère chez Ethan, elle était dans un tel état de fatigue…Dès cet instant j’ai compris l’énormité qu’avait été mon coup de tête de bruler la chaumière, plus que certain que Kali voudrait s’y réfugier... Je suis parvenu à la garder enfermée et au lit durant 3 jours.

Un éclat malicieux éclaira ses pupilles quand lui revint en mémoire la façon dont il était parvenu à la garder couchée, leurs ébats et pique nique au lit et Ethan relégué sur une couchette dure de la caserne.

Bien entendu c’eut été mal connaitre Kali en pensant qu’elle se laisserait vivre de la sorte. Au bout de ces trois jours la question fusa et la réponse fut plus que dure à dire aussi. Nous étions sur la plage, relativement loin de la maison quand elle la posa. Ce fut douloureux, je ne pensais pas la blesser à ce point en détruisant notre nid et il fut un long, très long dialogue pour qu’elle comprenne mon geste sans pour autant le pardonné.

Pendant ce temps Ethan avait rameuté les amis et connaissance après m’avoir fait la promesse d’éviter ce coin de la plage. Un matin, devant la porte de la maison d’Ethan que nous occupions, nous avons trouvé un panier plein de victuailles et un vélin où était notée une invitation à nous rendre sur la plage à un endroit précis. Nous y sommes donc allés et là, devant nos yeux étonnés se trouvait redressée notre chaumière. Certes elle n’était pas à l’identique mais à la place des cendres que j’avais laissé, une maisonnette de bois était bien là… Celle là même que tu connais…

Kali qui n’était pas vraiment à l’aise avec les villageois suite au scandale que nous avions causé ne savait plus comment réagir tant elle fut touchée. Nous nous réinstallâmes donc là et de nouveau pour moi la vie reprenait.


Un haussement d’épaules accompagna la suite.

Jusqu’à de nouveau elle me dise me quitter…. Il ne faut pas oublier Balian qui tout comme moi la voulait à lui… Elle me quitta donc une fois de plus, repartie pour Valence... De nouveau les courriers reprirent. Je crois d’ailleurs qu’au grenier à Cordas, dans une malle il doit y avoir une partie de notre correspondance. Je me souviens que ta mère m’avait remis un paquet des lettres que je lui avais envoyées.

Les jours et les mois passèrent jusqu’au jour où de nouveau elle fut là mais cette fois accompagnée. Ton demi-frère, Euzen

Ce fut là un épisode bien heureux. Elle ne semblait plus vouloir partir, les semaines et les mois glissèrent. Euzen, était comme un fils pour moi. Je l’ai vu faire ses premiers pas, ensuite je l’ai gavé de sucre d’orge et bâton de réglisse. C’est d’ailleurs de là que j’ai toujours dans mes poches ces friandises. Et puis un jour bien sur Balian s’est fait rappeler à son bon souvenir. Nous pensions qu’il avait abandonné, il n’en était en fait rien et de là pour ta mère ce ne fut que déchirement. Il voulait son fils, c’était légitime, elle est donc repartie me promettant un retour rapide et un amour sans failles. Elle revint, comme promis et m’appris que j’allais être père.

Ce fut à cet instant le plus beau jour de ma vie et je te laisse imaginer comment j’ai dorloté ta mère… Ce que je ne savais pas c’est qu’elle avait de nouveau accepté un contrat avec les Revenges et qu’elle était en Languedoc aussi pour cette raison. Ho ! Ne va pas t’imaginer qu’elle se fichait de moi, non ! Du tout ! Disons que là ça tombait bien.
Nous étions donc heureux, elle s’arrondissait, de mon coté j’étais toujours à l’Ost et à la maréchaussée et un soir… ce fut le drame….


Voulant tenir sa fille un peu en haleine car il voyait bien qu’elle était à présent suspendu à ses lèvres, il n’en dit plus.


Veux-tu encore de l’eau ? Désires-tu d’autre pâtisserie ? Tu n’aimes pas la tarte au Citron ? Dans ton état Princesse tu sais qu’il faut manger ? !

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MessageSujet: Re: Oct 1462 : Le temps est venu de tailler le saule   Dim 15 Mai - 10:00

--Heaveen. a écrit:



Les réactions chez son père ne sont pas longues à apparaitre. Tout comme elle, il est à l’afflux et sensible de l’autre. Ils sont à se ré apprivoiser. Cela prendra du temps mais plus aucun non-dit ne pourra subsister entre eux. C’est sans aucun doute, un des plus beaux moments qu’elle partage avec lui depuis ce qui lui semble être une éternité. Elle ne se souvient même pas à quand remonte un véritable et sincère sourire entre eux. Pourtant, à cet instant, il est là, sur les lèvres de ce père tant détesté mais tant aimé également.

Il lui relate encore tout ce qu’elle souhaite savoir, tout ce qu’il n’a jamais livré à voix haute à ses enfants. Elle ne sait s’il se rend compte ou non de l’importance de ce casse-tête qui lentement, il positionne. Il est à reconstruire tout ce que les mensonges avaient détruit.

Elle ne peut s’empêcher de sourire alors qu’il lui explique pour la chaumière. Le caractère de sa mère. L’importance qu’avait prise Euzen dans la vie de son père. Elle inclina délicatement la tête en comprenant qu’elle avait été fortement aimée par deux hommes tellement différents. Quand elle avait vu Balian, elle n’avait pas compris comment les deux avaient pu être en compétition. Mais aujourd’hui, elle savait. La différence entre les deux c’est bien ce qui l’avait conquis. Et ça, Heaven savait ce que c’était. Elle comprenait.

Son père était un fabuleux conteur. Elle était suspendue à ses lèvres, attendant la suite, bercée par le flot et la tonalité chaleureuse de sa voix. Mais voilà qu’il s’arrêtait en parlant d’un drame pour commenter qu’elle n’avait pas toucher à son morceau de tarte. Ce fût plus fort qu’elle, un grognement amusé malgré tout s’échappa.


« Papa ! Mais rhô arrête… je n’ai pas faim. Je me porte bien, je t’assure ! Continue… dis-moi, quel drame ? »

Elle avait un sourire spontané, réellement ancré et intéressée à ce qu’il lui racontait. Elle s’abreuvait de ses souvenirs. Elle n’avait aucunement envie de penser à autre chose qu’à la fin qui pourtant, ça, elle connaissait bien que pas dans tous les détails non plus.

Castelreng a écrit:
Il retrouvait sa fille, cette fois il en eut la certitude. La façon qu’elle eut de lui demander de poursuivre alors qu’il voulait la gaver de gâteaux ne pouvait le tromper. S’’il avait pu imaginé un instant qu’il lui aurait suffit de lui parler de sa mère pour qu’enfin il la retrouver ; Dieu Tout Puissant !! il l’aurait fait depuis longtemps !! Que d’année perdues à ne plus la comprendre, à ne plus savoir que faire pour savoir juste si elle allait bien. Et il aurait pu admettre que ces derniers mois ça avait été de plus en plus compliqué.

Souriant toujours le regard plus taquin encore, il reprit la parole avec ces mots :


Quel drame ? Ohhh mais pas trop vite jeune dame, nous n’y sommes encore point !!! Avant il faut que tu comprennes bien qui était ta mère. Ensuite…. Et bien ensuite nous verrons..

Une gorgée d’eau plus tard, il reprit donc son récit.

Malgré ce que certain pouvaient en dire du fait de sa mauvaise activité, Kali avait grand cœur. La preuve en était : elle n’a jamais pu vraiment choisir entre moi et Balian et ça l’a déchirée aussi certainement que nous l’étions nous. A l’époque bien sur je ne voyais pas les choses de cette façon. Je la voulais à moi. Il la voulait à lui. Pour Balian comme pour moi tout était bon pour que son cœur penche du bon coté, lui, ayant un avantage en plus : Euzen. Elle voulait qu’il connaisse son père, aussi le lui laissait il aussi souvent qu’il le réclamait. Chaque fois, elle tenait à faire la route seule.

Je ne suis plus certain mais il me semble qu’il vivait Au Puy, à moins qu’il ne venait jusque là bas pour qu’elle ait moins de route. C’est loin, les détails s’effacent hélas. Quand elle reprenait la route, je craignais toujours qu’elle ne revienne bien que souvent elle m’eut promis de revenir au plus vite. Je savais qu’à l’arrivée elle le retrouvait et j’avais peine à lui faire confiance quand elle me jurait un amour sans faille. J’aime à croire que c’était vrai, peut-être n’était-ce pas le cas. Cette dernière fois où elle conduit son fils à son père, elle revint aussitôt. Dans le Comté se préparait un grand bal. Un rassemblement de tout ce qui comptait comme noblesse. Dans les casernes nous étions en plein branle bas de combat car il fallait protéger tout ces grands. Moi simple soldat, comme bien d’autre, je fus bien sur de garde dans la cour du château où se tenait cet évènement.

Ta mère était de retour depuis quelques jours et ce fameux soir donc il me fallut bien la laisser pour aller prendre mon poste. Ce que je ne savais pas et que j’étais loin d’imaginer c’est que de son coté elle se préparait aussi…

Elle avait du accepter un dernier contrat. Ce maudit Lazard n’était pas un tendre et elle n’avait pas eut vraiment le choix. Elle vous attendait et sa grossesse ne passait pas inaperçue, mais peu importait à cette vermine tant qu’il avait ce qu’il voulait…
Il laissa planer un instant le silence, les sourcils froncés à faire remonter ce souvenir des plus pénibles, celui qui allait mettre le mot fin à leur idylle…

La noblesse languedocienne était donc à danser, moi à garder les murs la renfermant et ta mère… dans la salle de bal avec tout le clan Revenge. Ils espéraient, ces imbéciles, se faire une fortune en bijoux. Ce à quoi Lazard n’avait pas pensé, c’est que la noblesse était faite des officiers de l’Ost. Au premier éclat tu penses bien qu’elle n’est pas restée à se laisser dépouiller en tremblant, elle s’est défendue et bien. Ta mère voyant que ça virait au désavantage du clan, a eut l’intelligence de s’enfuir. C’est dans sa fuite que je la reconnue... Je l’aurais étranglé si j’avais pu lui mettre la main dessus ce soir là ! Elle s’était mise en danger et vous y avait mis aussi! J’étais loin de m’imaginer qu’elle n’avait pas eu d’autre choix que d’obéir au fou qui la tenait finalement en laisse…

Je me devais à l’Ost, j’ai donc fait ce pourquoi j’étais là, la laissant filer bien entendu. Quand enfin je pu me mettre à sa poursuite, elle avait bien évidement quittée la ville, me laissant de nouveau et cette fois je le présentais, sans espoir de retour. Elle n’était pas passée inaperçue pour tout le monde. Pour la retrouver au plus vite, j’ai démissionné de l’Ost, de la maréchaussée et pris la route. Je me doutais qu’elle passerait par le Puy. Je visais juste.

C’est à Alais que je l’ai rattrapé, je suis même arrivé avant elle et l’attendais aux portes de la ville.


A ce souvenir il en sourit, revoyant encore la surprise de l’Ebène en le découvrant à l’attendre.

Avec ta mère c’était toujours de longues discussions et même supplications… Je l’ai accompagné jusqu’à Ventadour. C’est dans cette ville qu’elle avait vu le jour. Elle y avait des amis et je crois… Balian y avait une salle de jeux... C’est dans cette ville qu’elle me donna congé…

Bien que cela fit des années, il en éprouvait encore beaucoup d’émotion tant cette période fut dure pour lui.

Elle ne voulait plus me voir, ne voulait plus voir Balian non plus de ce qu’elle me dit. Elle ne supportait plus d’être tiraillée entre nous deux, voulait se retrouver seule. Je ne pouvais l’accepter. Elle voulait me priver des mes enfants. De vous... Tout j’ai essayé pour la faire revenir sur sa décision, ne parvenant qu’à lui soutirer la promesse de me faire appeler peu avant votre naissance. Je n’eus d’autre choix que de revenir sur mes pas. Ce fut là une autre période dure à vivre mais ce que je ne savais pas c’est que ce n’était rien à coté de ce qui allait m’attendre….

Une fois de plus il en resta là. Se levant, il se dirigea vers la table et, prit une assiette dans laquelle il y mit quelques tourtes, pâtés, du fromage et du pain.

C’est bien beau de parler mais ça ne nourrit pas et, pardonne moi Princesse mais contrairement à toi moi j’ai grand faim !

Retournant s’assoir avec son festin, il n’attendit même pas qu’elle lui reproche de ne pas poursuivre mais s’empressa de mettre en bouche un délicieux pâté.

--Heaveen. a écrit:


Son père semblait s’amuser à réciter les faits de ce qui fut sa jeunesse adulte auprès de celle qu’elle aurait dû appeler maman. Il était plaisant de le voir aussi désinvolte, et pourtant tellement expérimenté et fier. Pour la première fois depuis qu’elle était enfant, elle ressenti de la fierté en regarder son père. C’était Castelreng du Cougain, son papa.

Elle comprit bien rapidement, au récit de l’amoureux déchu de l’ébène première du nom, que cette femme avait vécu moult tourment. Entre le déchirement de son amour pour deux hommes, pour son fils, pour ses enfants à venir et le fait de mener une double vie, n’avait aidé la pauvre femme à trouver un équilibre. Heaven comprit tous les sacrifices dont avaient parlé son père au départ de cette histoire qui était en elle, dans ses gênes. Elle était triste maintenant de constater qu’elle l’avait aussi mal jugé.

Pourtant, l’histoire n’était pas terminée et elle était toujours suspendue aux lèvres du conteur. Quand il en arriva à lui parler de Ventadour, ce fut plus fort qu’elle, elle eut une pensée pour le clébard la bas qui avait fait partie de son propre trio amoureux. Est-ce qu’elle avait posé les pieds dans certains de ceux de sa mère sans même le savoir finalement. Les parents veulent souvent que leur progéniture ne refasse pas les mêmes erreurs mais parfois c’est plus fort qu’eux, ils suivent l’exemple. Ici cependant, Kali n’avait jamais rien démontrer à ses jumeaux, elle ne les avait vu que quelques jours tout au plus. L’ébène aurait aimé la connaitre comme la décrivait Castelreng à cet instant. Elle avait semblé être quelqu’un…. Avec ses défauts, ses qualités mais se rapprochant d’elle étrangement beaucoup. Ce manque, ce vide persistait toujours en elle et possiblement qu’il en serait jusqu’à la toute fin de ses jours.

Encore une fois, son paternel savait mettre en appétit. Voilà qu’il se levait et se fit lui-même une assiette. Ce fut plus fort qu’elle, une moue se glissa sur ses lèvres charnues. Il le faisait exprès de toute évidence et y prenait gout. Pendant qu’il se sustenta, elle en profita pour lui faire une légère pause dans son histoire pour en déroger vers une autre tout aussi importante à leurs yeux.


« Si tu m’as vu en salle, tu as pu voir comment ta petite fille avait excessivement grandit ? »

Elle le laissa avaler quelques bouchées, répondre à sa question et repartie en prenant des nouvelles des siens tout de même.

« Et comment va ta femme ? Le bébé et Floriabel ? Bulle ? »

Pour Hélie, elle savait déjà. Elle laisserait son frère se débrouiller avec ses besoins et l’ancêtre. Elle espérait cela dit qu’il aurait droit au minimum, d’un même traitement qu’elle sachant qu’il avait engrossé une femme sans l’épouser d’abord ! Cela la fit sourire d’ailleurs mais elle ne le laissa pas terminer son assiette avant de le harceler de nouveau.

« Tu termines cette histoire ? J’aimerais bien savoir …

Castelreng a écrit:
Alors qu’il était donc à s’emplir l’estomac, il réalisa que jamais jusqu’à ce jour il n’avait passé un tel moment avec sa fille. Elle était si jeune quand elle avait quitté le cocon familial dans une colère aveugle. Le fait d’être à lui raconter ce qu’avait été la vie de sa mère avait détendu la jeune femme et il était des plus heureux de constater que plus le temps passait, plus il la retrouvait. A la regarder entre deux bouchées, il lui trouva les traits moins sévères, les yeux plus brillants de joie et cet ensemble ne pouvait que lui plaire.

Quand elle lui parla de Kalianna, un sourire attendri retroussa ses lèvres. Il n’avait pourtant pas examiné l’enfant qu’il avait vu n’ayant réalisé trop tard qu’il avait non loin de lui sa fille qu’il n’avait vu de longtemps. En réponse donc à sa question il dit sincèrement.


J’espère surtout Princesse pouvoir la voir d’un peu plus près sous peu !
Et de là arriva donc les politesses d’usage qu’ils auraient du avoir dès leur rencontre si la situation entre eux avait été autre. Le Cougain prit donc plaisir à lui dire ce qu’elle voulait savoir sur le reste de la famille.

Maxine va très bien, elle et d’ailleurs ici avec moi, je l’ai enrôlé comme intendante pour le plaisir de l’avoir à mes cotés et celui de n’avoir à faire les comptes. Elle doit être à cette heure au campement dans notre tente à jouer avec le boulier… Il a été un peu plus dur de devoir laisser le petit Maxence et Floriabel. Un large sourire se fit alors. Maxine adore Floriabel tu sais et la petite malicieuse sait bien en profiter. C’est un bien pour elle d’avoir une mère pour s’occuper d’elle.

Qui mieux qu’elle pouvait comprendre…

Bulle…. Un soupir… Elle a été bien malade et longtemps, j’ai bien cru à un moment qu’elle allait elle aussi nous quitter… Des mois et des mois il a fallu avant qu’elle reprenne un peu. Là, elle est partie à Bordeaux dans l’espoir de passer quelques temps avec Hélie. N’ayant de nouvelles je pense qu’elle doit se plaire la bas en sa compagnie.

Il était encore loin de s’imaginer certaines choses le Baron, loin de se retrouver sur le cul par certains évènements l’attendant...

Alors qu’il allait lui poser à son tour des questions sur sa vie, sa fille, son époux. Il fut pris de court, elle voulait entendre la suite.
Plusieurs pâtés, une tourte, du fromage et du pain, le tout arrosé d’un grand gobelet de vin plus tard, il reprit donc son récit.


Où en étais-je… Vendatour… oui ! Nous nous étions sévèrement disputé... je me souviens... C’était un soir, dans une petite auberge qu’elle connaissait bien. Cette fois donc je n’étais parvenu à lui faire entendre raison, j’ai claqué la porte et repris la route sans attendre. Elle en avait été surprise, elle ne pensait pas que je partirais comme ça. Si je me souviens bien, c’est elle cette fois qui avait fait le premier pas en m’envoyant un pigeon. Moi, une fois à Narbonne je m’étais enfermé dans notre petite chaumière et ne voulait plus voir personne. Dans un de ces pigeons elle m’apprit que Balian l’escortait jusque Valence... La jalousie ma fille est un sentiment qui ronge l’esprit, je te laisse imaginer les ravage qu’elle pu faire sur moi.

Un silence s’invita, le Baron semblait ailleurs tant il était plongé dans le tiroir de ses souvenirs. Quelques secondes, peut-être une longue minute.

Je crois qu’on aurait pu me prendre pour l’un de ces gueux qui, pauvres d’eux, trainent devant les églises pour mendier. Je ne saurais d’ailleurs te dire combien de temps cela m’a duré. Sans doute jusqu’à ce quelle me demande de la rejoindre car votre naissance était proche. Faire mes bagages fut vite fait. Je parti le lendemain suivi de ma jeune sœur Sara et son compagnon de l’époque Erig si je me souviens bien.

Arrivés à Valence, de suite je suis allé retrouver ta mère et Dieu qu’elle me sembla belle pourtant à l’aube d’enfanter .Ce fut donc deux jours passés mon arrivée, le 31 janvier dans l’après midi que vous vous êtes décidé ton frère et toi à voir le monde. Ce jour fut aussi celui de l’arrivée de ton oncle Ethan qui était venu nous retrouver ne pouvant attendre d’avoir des nouvelles de Kali. Lui aussi l’aimait beaucoup.


De nouveau il avait ce sourire tendre alors qu’il poursuivait.

Ton frère fut le premier à se faire entendre qu’en à toi on peut dire que d’entrée tu t’es faite remarquer. Tu étais si menue et fragile qu’avec ta mère nous avons craint de te perdre. De suite tu as été couvé gardé au chaud je me souviens dans des fourrures chaudes et douces. Je n’avais pas les moyens d’à présent ce n’étaient que peaux de lapins ou lièvres et agneaux. Au cœur de l’hiver à Valence le froid était beaucoup plus rude que dans notre Languedoc. Nous sommes resté ta mère et moi dans son petit logement à vous manger des yeux jusqu’à ce qu’elle puisse se lever et reprendre des activités normales. Ce fut le paradis de vous avoir tout les trois. Nous formions une famille, c’était merveilleux.

Durant ces quelques jours, la sœur de ta mère Jenifael est arrivée en ville avec une amie à elle, Oriabel. Dès qu’elles firent connaissance, ta mère voulu garder Oriabel pour qu’elle la seconde auprès de vous. Je crois que d’avoir des jumeaux l’effrayait un peu. Tant que ta mère était heureuse, moi, ça me convenait. Elle avait décidé de venir vivre avec moi à Narbonne, elle était décidée cette fois à rester, à avoir avec nous trois une vraie vie de famille. C’était le paradis, vraiment !


La suite serait la plus dure pour lui à conter il le savait. Jamais jusqu’à ce jour il n’avait raconté en son entier ce qu’il s’était passé si ce n’est qu’il lui avait fallu prendre la fuite avec les nourrissons.

Le paradis avant l’enfer ….

Il se tut, son visage devenant grave, laissant entrevoir une parcelle de ce que fut le drame qui s’ensuivit. Il doutait de parvenir à lui raconter la toute fin de sa mère.

Le silence devenait pesant…

--Heaveen. a écrit:


L’air du temps à cette façon bien à lui de faire sourire ses enfants. La mélodie des souvenirs est très souvent mélancolique et pour le conteur ici, sans aucun doute. Elle a bien vu dans l’œil parfois inerte de son père l’éclat changé. Il passe de la brillance à une certains lueur de tristesse. Heaven se sent un peu mal d’ailleurs de lui faire vivre toutes ses émotions encore alors qu’ils devraient être oubliés pour éviter qu’il ne souffre. Cependant, elle ne peut s’en empêcher. Elle a besoin de connaitre cette histoire et la vérité. Elle cherche donc à le faire décrocher quelques instants.

L’ébène comprend bien le sous-entendu de son père. Il aimerait bien voir sa petite fille. Elle imagine bien qu’elle lui manque un peu. La dernière fois qu’elle a vu le vieil homme tenir la fillette, cette dernière n’était pas très âgée. Elle se contente donc d’un hochement de tête comme très souvent chez elle marquant cette fois qu’elle a bien compris sa requête et qu’elle accepte.

Il fait plaisir à Heaven de recevoir des nouvelles autres membres de sa famille et où améliorée par la nouvelle belle-mère. Maxine est quelqu’un qu’elle apprécie. Elle en a même fait sa marraine pour faire plaisir à son père. C’était à l’époque où elle cherchait encore à faire ce qu’il attendait d’elle. A tout faire pour qu’il soit fière d’elle mais sans grand résultat dans sa tête. Elle avait toujours eu l’impression de le décevoir et cela avait fini par la meurtrir si profondément qu’elle en avait coupé tout simplement leur lien. Cela dit, elle se rendait compte aujourd’hui qu’il lui manquait, que l’absence de sa famille lui pesait.

Elle arque un sourcil alors que son père parle d’Hélie qu’elle a quitté il y a quelques jours pour se rendre ici. Elle vient pour répliquer que sa sœur adoptive Ambryen doit sans aucun doute être seule à Bordeaux mais se ravise. Vaut mieux se mêler de ses affaires et laisser Bulle se démerder toutes seules avec les bêtises qu’elle fait. En espérant qu’elle en fasse des biens ! C’est tout ce que son ainée peut lui souhaiter. Elle sourit donc à Castelreng et hoche de nouveau la tête.

Ne laisse pas le temps à son père de réagir et de contre-attaquer sur des sujets fort épineux qu’elle évite elle-même. Elle ré-enchaine sur ce qui l’intéresse. Kali, son histoire, la sienne et la leurs. Elle se réinstalle convenablement dans son fauteuil, une main sur l’arrondissement de son ventre et laisse la voix chaleureuse de son père envahir sa culture et ses images qu’elle se forme d’un passé qu’elle n’a pas côtoyé, du moins, jusqu’à sa naissance qu’il finit par relater après de nombreux évènements. Cela fit sourire Heaven. Le pétillement dans les yeux de son père est émouvant. Elle comprend cette fois pourquoi il l’a toujours surnommé sa princesse.

Elle voit aussi profiler la fin d’une histoire qu’elle connait parfaitement sans en avoir eu un aperçu des développements. L’entrée d’Oriabel signale bien que c’est la dernière ligne de cette histoire. Que sous peu, le drame va se jouer. Elle a le cœur qui se noue, il lui fait mal. Elle connait pourtant bien la fin mais c’est plus fort qu’elle, le revive par l’impatience de se le faire raconter une fois de plus la rend confuse. Si c’est le cas pour elle, elle imagine bien la douleur qui baigne le cœur de son père.

Elle se relève donc, s’approche de l’homme qu’elle aime et vient se poser à ses côtés, glissant une main dans la sienne encourageante à poursuivre.


« Prend ton temps papa… »

Castelreng a écrit:
C’est bien plus que du temps qu’il lui fallait là. C’était le courage de dire ce qu’il n’avait jamais confié à personne. Pas même à Ethan qui pourtant aurait mérité de savoir ce qu’il était advenu…. Après.

C’est lorsqu’il sentit la fine main de sa fille dans la sienne qu’il réalisa qu’elle s’était approchée. Elle l’avait fait replonger dans qu’il s’était forcé à oublier durant toutes ces années. Tournant la tête pour regarder cette belle jeune femme qui ressemble tant à sa mère, il ne lui cacha pas la douleur qu’il allait devoir rouvrir et si ça n’avait été pour elle ou son frère, toujours il l’aurait gardé ancré au fond de lui.

Resserrant ses doigts autour des siens, il recommença à parler. Sa voix était à présent sourde et basse, triste et inquiétante.


Nous avions tant de projets… Mon mariage n’était plus, mon épouse avait obtenu le divorce, je me retrouvais libre bien qu’il m’était à présent interdit de reprendre femme. Je pouvais cependant vivre au grand jour sans que cela heurte les commères et curieux.

Un sourire sans joie se dessina sur ses traits, ne relevant que ses lèvres sans atteindre ses yeux devenus profondément tristes.


Ne pouvant donc pas se marier devant le Très Haut, un jour, alors que nous étions à Narbonne, nous avons échangé nos vœux. Je lui offris un pendentif en forme de cœur et elle me glissa ce bel anneau d’argent au doigt. C’était durant l’un de ses retours, après que la chaumière eut brûlé…

Levant sa main droite il lui montra l’anneau qui ne l’avait jamais quitté dès lors.

Elle me le glissa à cette main disant que ce serait là notre secret à tout deux. Elle y avait fait graver « ton Âme pour toujours » C’était le petit nom que je lui donnais, elle était mon Âme…

Tu lui ressembles tant Princesse… Sois en fière ma fille car elle était courageuse, honnête bien qu’elle avait une vie spéciale… Elle n’avait pas eu le choix tu sais, elle s’est retrouvée dans ce maudit clan par la force des choses. Il lui fallait vivre et faire vivre sa jeune sœur qu’elle avait laissée derrière elle à Blois.


Il entrait dans ces petits détails comme voulant retarder au plus ce qui était le plus douloureux. Il n’en avait pas vraiment conscience, continuant à abreuver sa fille des souvenirs qu’il a de sa mère. Mais il fallait bien qu’à un moment ou un autre il parvint au plus dur !!

De nouveau le silence s’invita, oppressant. Le Cougain ne savait comment avouer la suite sans en rien omettre. Il laissa donc le crépitement du feu se faire entendre à sa place, le bruit d’une bûche dans l’âtre s’effondrant lui répondre avant de parvenir à sortir ces prochains mots.


Quand elle fut en état de se lever, elle était décidée, nous partirions tous à Narbonne et pour vivre tous les quatre dans notre chaumière. J’avais pourtant une petite maison au cœur de la ville mais elle ne voulait pas, s’étant toujours trouvé mal alaise avec les villageois. La chaumière était petite mais nous pouvions néanmoins y vivre tous. Nous avions d’ailleurs projeté d’investir le grenier pour y installer nos chambres. Elle voulait embrasser Euzen avant de reprendre la route le soir même, impatiente qu’elle était elle ne voulait plus passer une nuit à Valence.

Elle m’annonça donc cette bonne nouvelle en début d’après midi alors que je venais de la rejoindre après avoir passé la matinée à pécher. Tout avait déjà été organisé pour ce départ, il ne restait qu’à faire préparer les montures ce que nous partîmes faire avec Ethan le temps qu’elle était à dire au revoir à son fils et adieu à Balian. Un baiser et ses derniers mots furent … « je t’aime Castelreng » Jamais elle n’employait mon nom en son entier, préférant comme beaucoup le simple « Castel »


Un long silence ….

Elle était belle… Je me souviens encore comment elle était ce jour là. Elle portait sa robe blanche à fins liserés bleus qui mettait en valeur le pendentif que je lui avais offert, elle n’avait pas pris le temps de nouer ses cheveux et les avait laissé cascader dans son dos ….

Ce fut la dernière fois que je la vis vivante…

Quand le jour commença à baisser elle n’était toujours pas rentrée. L’inquiétude monta et avec Ethan nous partîmes pensions nous, à sa rencontre. Bien évidemment je savais où résidait Balian, aussi c’est directement là bas que nous nous rendîmes.


Il déglutit… il allait réveiller le cauchemar…

Les volets de la maison étaient clos et sur la porte… une dague au pommeau noir qui maintenait un morceau de vélin tâché de sang… et un pendentif reconnaissable entre tous… le sien…

Je ne sais pas comment j’ai fait pour arracher la dague de la porte et lire le mot laissé… Sans Ethan, je serais parti à sa recherche, j’aurai parcouru chaque rue de la ville… Il a su garder la tête froide et ce fut une chance pour vous… Le message était clair et on savait de qui il était… Il avait retrouvé Kali... il allait se venger qu’elle l’eut abandonné au bal languedocien… Vous étiez les prochains sur sa liste…




Encore aujourd’hui je ne sais pas ce que j’aurai fait sans Ethan, il prit les choses en mains et une heure plus tard tous nous prenions la route du sud au grand galop. Les filles s’occupaient de vous, moi je vous avais oublié, ne pensant qu’à votre mère et ce qu’il pouvait advenir d’elle. La peur me rendait fou.



Je me souviens m’être réveillé en prison, à Nîmes… sans comprendre pourquoi et dans ma poche le vélin disant « aujourd’hui Elle, demain ses batards » s’était transformé en « Nous sommes tous à Narbonne, Kali et les enfants t’attendent ». En fait, j’avais fait un tel tapage dans l’auberge où nous avions fait halte à Nîmes que les autorités m’avaient colle en cellule le temps que je me calme. .. Quand enfin j’arrivai à Narbonne en pensant que je vous trouverais tous les trois dans notre chaumière, je fus une nouvelle fois surpris en découvrant qu’Ethan vous avait tous installer chez lui et gardait la maison. Il me fallut du temps pour comprendre que Kali n’était pas là, pour revenir sur terre et me rappeler ce qu’il s’était passé à Valence.

Pour moi, vous étiez en sécurité à présent et je pouvais donc reprendre la route pour aller sauver ta mère. Avec Ethan la conversation fut houleuse et le choix d’agir me fut définitivement ôté quand il dut partir pour prendre son tout nouveau poste chez les Licorneux. Je devais l’oublier et prendre soin de vous… Ce fut dur Heaven et plus encore quand …


De nouveau il fit silence et se leva, lâchant de ce fait la main de sa fille qui, jusque là, avait gardé. Les épaules basses, il ressentait là le poids pénible des années. Il n’en voulait cependant pas à sa fille de le replonger de ce passé qu’il avait enfuit au plus profond de lui. Elle avait droit à la vérité, droit de tout connaitre sur sa mère. Le bon comme le mauvais. Le gai comme le dramatique… Et le dramatique ne faisait que commencer !

Il ne savait s’il arriverait à lui dire la suite tragique de ce qu’il fut la vie de sa mère. Sans mots dire, il se dirigea vers la porte qu’il ouvrit ….

--Heaveen. a écrit:


La main dans la sienne se referma comme un étau. Le coincement de ses doigts contre ceux de son père était ferme mais doux tout à la fois. Les yeux sombres d’Heaven croisèrent ceux de son père. Hélie avait les même. Elle lui sourit, douce à son tour. Elle était là, près de lui et tentait de lui communiquer cet état. Bien entendu, elle le blessait à rouvrir les méandres du passé mais, elle souhaitait lui démontrer qu’elle cheminait avec lui dans sa douleur qu’elle espérait moins vive à revivre. Elle avait surement tort, ouvrir la boîte de Pandore de Castelreng n’était sans doute pas sans peine. Elle ne savait pas du tout quelle plaie elle allait relâcher se faisait.

Armé de courage et de la main de sa fille, il fut vaillant, parlant du prémisse des derniers moments de sa mère en les revivant. A plusieurs reprises Heaven pu lire dans le regard de son père la nostalgie, l’amour mais également le déchirement. Il l’avait véritablement aimé. Est-ce que sa mère avait été son âme sœur ? Sans aucun doute vu le petit surnom qu’il lui avait donné. Cela l’aurait fait sourire si le récit n’était pas si tragique. Son propre frère jumeau utilisait ce même mot pour elle. Bien entendu, la situation était différente. Eux, ils étaient frère et sœur, à demi la partie de l’autre. Comme leur âme scindée en deux parties. Mais pour Castelreng et Kali, cela avait dû être la même chose mais par amour. Pouvait-il y avait plus grand amour qu’un comme le leur ? Elle aimait à croire que non. Elle se prit d’admiration pour ses parents soudainement. Elle aimerait un amour aussi grand, aussi fort, bravant le temps et les tempêtes comme le leur. Et à le voir relater tout cela avec émotions aujourd’hui, elle comprit que malgré sa perte, il l’aimait toujours.

Elle inclina la tête alors que son père lui rappela d’être fière de sa ressemblance avec sa mère. Elle prenait conscience que Kali était loin d’être l’ombre noire qui l’avait suivi aussi durement toutes ses années mais plutôt un guide d’une bonté et d’un amour sans faille. Elle sourit à son père l’espace d’un bref instant, tâchant de lui signaler qu’elle avait compris et que plus jamais elle ne ferait cette erreur. Elle croyait toujours à cette fichue malédiction des Sokratès comme elle l’appelait mais cette situation avait un envers qu’elle n’avait jusqu’alors jamais connu.

Les tourments commençaient, la fin approchait et son cœur palpitait. Elle regardait son père qui avait quelques moments d’hésitations, d’absences et qui rassemblaient ses souvenirs bien enfoui. Elle regrettait de lui faire vivre tout cela. Les contes de fées ou de princesses amoureuses n’ont malheureusement qu’une belle fin que dans les livres. Et le dernier chapitre ne s’enclencha pas comme elle l’avait espérer, attendu bien que craint.

Son père se redressa, mal. Elle le voyait bien. L’ébène l’avait trop repoussé dans le retranchement de son passé. Cette fois, il n’en pouvait plus et souhaitait partir. Elle fût prise de regrets et d’incertitudes quant au comment agir cette fois. Elle voulait entendre la suite, elle en avait besoin mais à quel point ? Était-ce si important qu’elle était prête à briser l’homme le plus important pour y arriver ?


« Papa, si cela est trop pénible pour toi, je comprendrais que tu ne souhaites pas poursuivre. »

Elle cherchait à le rassurer qu’elle comprenait. Elle-même aurait-elle fait ce que lui venait de faire ? Pourrait-elle raconter à sa fille toutes les souffrances que son père avait créées lorsque cette dernière serait en âge de vouloir entendre parler de Joska ? Elle savait bien que cela lui serait pénible. Qu’elle ferait pour l’amour de sa fille le même sacrifice que lui était prêt à faire pour elle à cet instant. Mais elle, elle connaissait la fin, ou presque. Elle n’avait pas besoin de faire replonger son père dans ce calvaire affectif et émotionnel.

« Pardonne-moi, je n’aurais pas dû te faire revivre tout cela… oublions tout le reste, je ne tiens pas à te voir souffrir. Pardonne-moi…. »

Elle se sentait réellement mal à l’aise. La compréhension n’apporte pas que la satisfaction de connaitre mais à l’inverse le poids des conséquences de savoir la vérité. Heaven l’apprenait en ce moment même.

Castelreng a écrit:
Il ne se retourna pas quand elle s’excusa de lui faire revivre tout ça et lui suggéra d’arrêter là si tel était son souhait. Il se contenta de lever la main pour la faire taire et passa la porte.

Sans doute devait-elle être à se penser qu’il allait l’abandonner là. D’une voix forte il dit

Tavernier ! Monte-moi une bouteille de ton meilleur Armagnac !


Non il n’allait pas partir. Il referma la porte et fit de nouveau face à sa fille. Il avait plus que besoin d’un alcool un peu plus fort que l’hypocras qu’il avait demandé. La suite qu’il pouvait garder pour lui serait dure à sortir et il était allé trop loin dans son récit pour ne pas finir. Peut-être qu’au fond de lui il sentait qu’il lui fallait enfin vider cet abcès de 20 âges.

Il n’y a rien à pardonner ma fille, tu as demandé à savoir… peut-être est-il temps que je dévoile certains faits...


Un coup frappé à la porte et l’aubergiste discrètement déposa la commande avant de s’éclipser. Le Cougain s’était retourné pour le regarder faire jusqu’à ce que la porte fût de nouveau close, les enfermant dans ses révélations. Il se servit un verre et le but d’une traite avant de s’en reverser un autre. Il avait besoin de cet alcool fort pour assommer le plus gros de ses émotions.

S’approchant d’elle il lui caressa le visage du bout des doigts, le regard lourd et lointain, il prit la main et se réinstalla dans le fauteuil qu’il venait juste de quitter.


Deux jours après mon retour, Ethan partait pour ne plus revenir. Il avait trouvé sa voix… Nous avons gardé sa maison, Oriabel se chargeait de vous, Sara était rentrée chez elle, Jenifael qui était tombée sous le charme d’Ethan préféra elle aussi partir. Dans la ville, bien cachés comme vous l’étiez, j’avoue que je ne me faisais guère de soucis vous concernant. Je m’en voulais toujours de ne pas avoir pu aller aider ta mère. C’était comme si je l’avais trahie, abandonnée. Oriabel, douce et discrète, osait à peine me rappeler mes devoirs de père que je délaissais. Au fils des jours j’avais repris mon poste en maréchaussée ce qui me permettait de savoir qui entrait et sortait de la ville. Je partais tôt de la maison et rentrais tard, passant chaque soir vous regarder dormir et une fois seul, me demandant ce qui en était de Kali.

Je n’aurais jamais pu imaginer pareille horreur…. Jamais… Grand dieu comme elle a dut souffrir !


L’émotion était si forte qu’il se tut. Fermant les yeux comme voulant oublier, il renversa la tête en arrière. Sa respiration se fit plus forte.
D’une voix sourde, comme se parlant à lui-même il poursuivit.


Je m’en voulais de n’avoir pu repartir…. Mais quand je la découvris au pied de la porte de notre chaumière six mois plus tard…

La douleur l’étouffa, il chercha son souffle. De sa main tremblante, il porta à ses lèvres son verre et avala une gorgée. La brûlure de l’alcool l’apaisa quelque peu mais pas assez cependant à son gout. Il aurait voulu avoir oublié cet instant où son cœur éclata quand il posa les yeux sur le corps mutilé et sans vie de son amour.

Les yeux toujours clos, il ne se rendit même pas compte que des larmes avaient glissé de sous ses paupières.


Elle…. Elle était méconnaissable Heaven, le monstre s’était acharné sur elle… Pendant six longs mois… Je l’ai couverte de ma cape et je suis allé creuser sa tombe sous le saule… Avant de l’y coucher je lui remis son pendentif que j’avais récupéré et que je portais depuis. Je n’ai rien dit à personne, j’en étais tout simplement incapable et … je crois que je ne voulais partager ma douleur avec quiconque… Je me sentais coupable, elle avait tant souffert parce que je n’avais pas été à sa recherche. Vivre avec ça fut dur…

Peu de temps après nous quittions le Languedoc pour nous installer en Toulousain.


Il se redressa et, rouvrant les yeux regarda sa fille.


Il n’y a aucune malédiction Princesse, juste un drame et un père ayant abandonné la mère de ses enfants à son funeste sort…

Sur ces mots il vida son verre d’un trait et n’ajouta rien d’autre, attendant la condamnation de sa fille. Comment pouvait-il en être autrement maintenant qu’elle connaissait l’histoire en son entier ? Il était las, las mais délivré de ce poids qu’il portait depuis tant d’années.

--Heaveen. a écrit:


Étonnée de voir son père lever une main pour lui suggéré fortement de se taire. Elle ronchonne instantanément. Il est bien la seule personne qui peut s’autoriser cette chose avec elle. Cela dit, ne cherchez plus d’où elle a pris cette arrogance et ce geste… Elle croise les bras sous sa poitrine, boudeuse à le voir sortir, assurée qu’il la plante là sans rien dire de plus. Le sentiment de désappointement mais également de fureur l’assaille et sève en elle lentement.

A sa grande stupéfaction cependant, il hèle le tavernier et referme la porte. Heaven le regarde, estomaquée. Oui, bon, elle admet. Il l’a bien eu sur ce coup. Elle grince des dents, un peu furieuse, bien que contre elle. Il la rassure du fait qu’il va continuer, qu’elle est en droit de savoir. C’est exact mais elle sait aussi que cela n’enlève aucunement la souffrance éprouvante du retour dans le passé pour Castelreng.

Elle ne dit donc rien alors qu’il se verse un verre d’alcool beaucoup plus fort. Ce dernier ne fit qu’assister au siège du verre avant de se retrouver dans le gosier de son paternel et aussitôt remplacer par une autre rasade. Elle en aurait souri si le voit dans cet état ne la bouleversait pas autant. Elle demeura donc impassible jusqu’à ce que les doigts de son père viennent retravailler les traits de son visage. Ces yeux étaient loin, vides ou bien trop ancrés dans ses souvenirs pour qu’elle puisse y lire les véritables émotions qui les parcourraient. Elle en fût parcourue d’un frisson qui resta figé sur sa peau dans une chair de poule.

L’ébène pressa sa main dans celle de son père, le regarda s’installer dans le fauteuil à ses côtés et reprendre son récit. Il ne fallut pas plus de deux mots pour que déjà, elle soit de nouveau suspendue à ses lèvres.

Il lui parla d’Oriabel, la femme qu’elle avait toujours prise pour sa mère jusqu’à ce que la vérité un jour fût révélée. Une jolie blonde d’une bonté sans pareille. Douce, calme et aimante. Elle ne pouvait en vouloir à son père de l’avoir aimé. Elle avait été une femme aimante à ce qu’elle en savait et une mère formidable. Sa perte fut tragique également pour tous les Cougain. Hélie ne s’en était jamais réellement remis lui semblait-il. Le visage de cette mère de substitution revient hanter son esprit et les larmes montèrent à ses yeux. Elle lui manquait. Était-ce le cas pour celui qui fût son époux ? Sans nul doute mais le moment n’était pas à la présence de la blonde mais celle de l’ébène qui hantait encore ses cauchemars à elle qui s’étaient forgés sur de mauvais relatement de l’histoire.

Elle observa, les yeux baignés de cette traitresse de faiblesse qu’est la tristesse, qui hantait ses yeux désormais et la montrait vulnérable. Elle ne chassa pas cette démonstration des émotions que toute cette histoire révélait en elle. Il avait droit de savoir que tout ceci la touchait. A entendre la voix de son père se casser, elle pressa sa main dans la sienne plus fortement. Il était effondré par ce qu’il avait dû voir. Elle le présentait dans sa voix, dans la façon de dire beaucoup sans donner de détails pour autant. Avait-elle besoin de savoir à quel point ce salopard s’était déchainé sur elle ? Pas vraiment… de toute manière, elle en avait une vague idée vu Alyha …. Est-ce que son père connaissait l’existence de cette demi-sœur née de cet horrible calvaire vécu ? Elle en doutait et ce n’était peut-être pas le moment de lui livrer cette annonce.

Elle le vit pleurer. Ce fût bien suffisant pour qu’elle-même sente la brulure des perles s’échapper de ses yeux ouverts contrairement à ceux de son père. Elle ne savait comment réagir. Elle ne souhaitait pas l’interrompre mais en même temps, voulait lui offrir un soutien. Elle porta sa seconde main contre celles jointes. Il termina son récit, essayant d’exorciser ses sombres pensées quant à cette malédiction qui planait sur les Sokratès. Elle lui fit un léger sourire puisqu’il ouvrit les yeux.


« Papa…. Je n’ai pas eu la chance de te le dire depuis ce qui me semble une éternité mais… je t’… je te remercie. »

Elle aurait voulu lui dire qu’elle l’aimait. Mais c’était trop tôt. Elle évita de commenter sur cette malédiction. Elle y croyait toujours mais par cette histoire qui complétait les vides, les néants du passé, il l’avait sauvé d’une façon. Elle lui sourit, ses yeux reflétaient les sentiments qu’elle ne savait pleinement exprimer. Un jour… un jour elle lui dirait.

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